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Le logement, un désastre de politique économique

Le logement, un désastreLe bilan économique du gouvernement est souvent noirci de manière caricaturale; mais il y a un domaine où cette couleur s’impose, c’est en matière de logement. Le constat est simple : alors qu’il manquait en France, en 2012, 1 million de logements, la production de logements neufs au lieu d’accélérer ne cesse de reculer, de 421.000 en 2011 à 346.000, en 2012, et à 330.000, en 2013.

Face à un tel échec, il est navrant de devoir rappeler pourquoi le logement devrait être la toute première priorité économique du pays. D’un côté, le mal-logement est l’une des causes principales du mal-être généralisé qui ronge la population française. Le logement rare est cher, il ampute le pouvoir d’achat. Le logement cher accentue, dans les centres-villes, la « gentrification », facteur de discrimination sociale. Le logement toujours plus cher repousse au loin les classes moyennes et dégrade les conditions de vie au quotidien.

Par ailleurs, le premier défi français étant, après des années de laxisme budgétaire, le redressement des comptes, il fallait mettre en oeuvre des mesures restrictives qui risquaient de pousser l’économie dans la récession. Mais, justement, quoi de mieux pour contrecarrer ces forces dépressives que de lancer simultanément un vaste plan de relance du logement d’où viendraient des emplois, du pouvoir d’achat et des recettes fiscales ? Pas de surprise, donc, si l’on rappelle que la relance du logement figurait en très bonne place dans le programme de François Hollande.

A son arrivée au ministère du Logement, Cécile Duflot a utilisé le terme ambigu de « relance qualitative ». L’expression désignait d’abord la révision nécessaire des dispositifs adoptés sous le président précédent qui avait cru trouver la solution au problème du logement en misant tout sur l’accession, l’avantage fiscal et la maison individuelle; le résultat, ce furent des mesures fiscales très coûteuses, propres à satisfaire une clientèle, mais ne répondant pas à la demande pressante de locatif en zone dense. Cette remise en cause « qualitative » était donc bienvenue.

Mais voilà, plutôt que de mener une seconde offensive, tout entière concentrée sur la construction, la ministre s’engagea dans des projets hétéroclites aux retombées incertaines, comme la transformation de bureaux en logements et, surtout, dans des chimères mal inspirées et contre-productives comme l’encadrement des loyers (qui découragera encore l’investissement locatif) et la garantie des loyers impayés (qui est source de hasard moral et n’est pas financé). A ce rythme, ce ne seront finalement pas 1 million mais 1 million et demi de logements qui risquent de manquer en France au terme du quinquennat !

Voilà pour les mauvaises nouvelles; la bonne nouvelle, c’est qu’il n’est pas trop tard pour repartir du bon pied. Le problème du logement en France tient, pour simplifier, à trois causes : le foncier, les acteurs, les institutions. Il faut agir de manière résolue et cohérente sur les trois fronts. Pour libérer le foncier, on pousse, par exemple, la SNCF et la RATP à vendre des terrains à des conditions favorables… Mais la construction ne suit pas : seulement 6.000 logements ont été construits entre 2008 et 2012 sur ces terrains; en Ile-de-France, près de 300 hectares sont disponibles, mais ils n’attirent guère les projets. On connaît les raisons, obstruction des maires, tiédeur des grands opérateurs publics, prudence des investisseurs privés.

Une autre politique s’impose : d’abord que l’Etat reprenne la main et soit en mesure d’imposer une vision de l’intérêt général aux maires et aux institutions de toutes sortes qui cogèrent – ou plutôt paralysent – la construction; il faut ensuite incarner cette autorité retrouvée en faisant, comme le disent les Américains, du/de la ministre un « czar » du logement, temporairement doté de pouvoirs exceptionnels; il faut enfin créer un climat propice au réengagement durable des investisseurs institutionnels privés. Le tout formerait, dans le langage d’aujourd’hui, un « pacte pour le logement des classes moyennes ». La demande est pressante, il serait facile d’attirer des flux d’épargne internationale sur la base d’un programme bien construit; rien ne s’opposerait alors à ce que cette tendance-là s’inverse et que la construction reparte à la hausse. L’enjeu est de taille : ce pourrait être sur le logement que se jouera, en matière économique, la seconde moitié du quinquennat.

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