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Les dividendes des sociétés augmentent-ils parce que le CAC 40 baisse ?

Chaque début d’année est propice aux bilans. Pour ce qui est de la Bourse de Paris, l’indice CAC 40 est loin d’avoir surperformé en 2018. En revanche, les dividendes versés aux actionnaires ont battu un nouveau record. Faut-il y voir une relation de cause à effet, et qu’attendre de 2019 ?

Les 40 sociétés de l’indice phare français ont distribué 57,4 milliards d’euros en 2018. Ils dépassent légèrement leur précédent record de 2008 qui avait atteint 57 milliards. Dans le même temps, en 2018, le CAC s’est affaissé, – 11% hors dividende. La question posée est donc très opportune, même si elle sous-entend une réponse parfaitement fallacieuse.

Certes lors du précédent record de distribution de 2008, les marchés avaient été très chahutés, c’était le climat de la crise financière, et le CAC 40 avait baissé de plus de 40%. Mais il y a aussi des contre-exemples dans un passé récent où s’étaient établis les précédents records de distribution. En 2016 le CAC gagne 4,9% et 55,5 milliards d’euros de dividendes sont distribués. En 2007, année d’un autre record de distribution, le CAC 40 enregistre une hausse de 1.7%.

Rien sur le plan de l’observation des faits ne permet d’apporter une réponse positive à la question posée. Et si l’on y regarde de plus près, la relation négative entre la masse record des dividendes distribués et la performance négative de l’indice CAC 40 n’est même pas établie en 2018. En effet, l’essentiel des dividendes est distribué les mois de printemps alors que la performance négative de l’indice s’est produite essentiellement au cours du dernier trimestre de l’année.

L’année 2019 devrait établir un nouveau record

L’absence de relation entre ces deux grandeurs ne doit pas étonner car elles ont des volatilités très différentes. Sauf en cas de crise qui peut faire ressortir des ruptures dans l’évolution des dividendes (2009), leur évolution est assez régulière d’une année sur l’autre, conformément à la pratique financière des sociétés. C’est John Lintner, alors professeur de finances à Harvard, qui avait modélisé le premier le comportement des grandes entreprises américaines en matière de politique de dividendes, à partir d’une enquête effectuée auprès de plusieurs dizaines d’entre elles. Les entreprises fixent leur prochain dividende compte tenu du niveau du dernier dividende distribué – elles ont en horreur de le diminuer – et des perspectives de résultats futurs. Ce comportement introduit le concept du dividende comme signal donné par la direction d’une entreprise aux investisseurs sur les perspectives de la société.

A l’inverse de celle des dividendes, la volatilité des cours boursiers est élevée. Selon les bons principes de la théorie financière, les cours boursiers correspondent à la valeur actuelle de tous les dividendes futurs, et non pas ceux d’une seule année, et donc des taux d’actualisation utilisés par les investisseurs. Ceux-ci sont éminemment variables, ce qui contribue à la volatilité des cours. Ils ont connu un  sommet pendant la crise financière à 14% en 2008, venant de 9% en 2007, ce qui correspond à la performance très négative de l’indice CAC 40 en 2008.

A quoi s’attendre en 2019 ? Pour ce qui concerne les dividendes, la distribution devrait être généreuse et leur niveau dépasser le record de 2018. La fin du cycle économique étant proche, les entreprises vont devenir plus frileuses du côté de l’investissement et donc encore plus généreuses dans leur distribution de dividendes, d’autant que les résultats 2018 risquent d’être élevés. Mais cela ne nous renseigne en rien sur les performances de la bourse en 2019 car, encore une fois, ni la pratique des entreprises ni la théorie financière n’établissent une relation de causalité quelconque entre la masse des dividendes distribués une année, et la performance boursière des sociétés correspondantes.

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