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L’urgence de la réforme des retraites

La réforme des retraites est nécessaire, d’autant plus que c’était la seule mesure prévue par le président pour redresser les comptes publics. Pourtant, même si l’objectif est bien de repousser l’âge départ à la retraite, cela ne veut pas dire que le faire soit la meilleur solution, explique Philippe Trainar.

La réforme des retraites était la seule mesure significative de maîtrise des comptes publics qui figurait dans le programme électoral du candidat à la présidentielle. Une fois élu, le Président de la République a eu raison de résister à la tentation de reporter la mesure. Le relèvement de l’âge effectif de départ à la retraite des Français constitue la clé de voûte de toute réforme sérieuse de notre système de retraite, et cela pour quatre raisons principales.

Une erreur ancienne, amplifiée par le temps

Tout d’abord, la France a commis une erreur monumentale en abaissant l’âge de la retraite en 1983. Cette baisse est intervenue à contre-temps, alors même que celui qui allait devenir l’un des ministres socialistes les plus en vue, Dominique Strauss-Kahn, venait de co-signer avec Denis Kessler une étude qui mettait en garde contre les conséquences du vieillissement de nos économies. Les réformes qui se sont succédé depuis lors n’ont malheureusement corrigé que partiellement cette erreur initiale.

Cette erreur a été ensuite amplifiée par l’allongement de la durée de vie qui s’est concentrée sur les âges élevés et dont les retraités ont été les principaux bénéficiaires, ce qui a conduit à un alourdissement mécanique du poids des retraités et des retraites dans l’économie. Cela pose naturellement la question de la pertinence économique et sociale de l’allongement mécanique de la durée de vie inactive qui en résulte, sachant que l’inactivité entraîne un déclin des liens sociaux, une perte du sens de la vie et une perte objective de bien-être pour les personnes concernées.

Une anomalie préoccupante

La France se caractérise aussi par une anomalie préoccupante, qui consiste à ajouter à une durée annuelle du travail réduite (liée aux 35 heures, aux congés payés et aux jours chômés), une durée de vie active courte (liée à l’entrée tardive dans la vie active et au départ avancée à la retraite). L’âge moyen à partir duquel les personnes employées en France ont commencé à toucher une pension de retraite était de 54,5 ans en France en 2006 contre 60 ans dans la moyenne des pays de la zone euro ! La France travaille beaucoup moins que ses partenaires.

Contrairement à un argument souvent répété, un départ à la retraite jeune ne réduit pas le chômage. Les difficultés d’emploi des travailleurs âgés ne viennent pas de leur âge mais du fait que leur classe d’âge a tout simplement disparu dans les entreprises et qu’ils ne se trouvent plus de responsables capables de les recruter. Ces difficultés ne viennent pas non plus de leur « mauvaise santé » imaginaire. Leur espérance de vie en bonne santé est longue, de l’ordre de 12 et 10 ans à 65 ans, respectivement pour les femmes et les hommes, et elle n’a fait qu’augmenter depuis 1983. De fait, nous disposons de suffisamment de personnes de plus de 60 ans, employables et en bonne santé, pour repousser l’âge moyen de départ à la retraite à 65 ans.

La durée de vie active comme indicateur

Naturellement, il faudra tenir compte de la diversité des situations individuelles. Tout le monde ne peut pas travailler jusqu’à 65 ans, voire au-delà. C’est pourquoi, la meilleure réforme des retraites ne consiste pas à fixer un âge légal de départ à la retraite « erga omnes », mais à introduire toute la flexibilité nécessaire pour s’adapter aux cas particuliers, qui ont tendance à se multiplier au fur et à mesure où l’on avance en âge. Raisonner en termes de durée de vie active plutôt que d’âge légal de départ à la retraite, prendre en compte l’état de santé effectif des personnes concernées, privilégier les incitations par rapport aux contraintes… sont autant de recettes pour un passage effectif de l’âge de départ à la retraite à 65 ans, dans des conditions qui maximisent le bien-être de chacun ainsi que celui de la collectivité.

 


 

Philippe Trainar, membre du Cercle des économistes

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