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Pauvres bourses, qui doivent comprendre ces élections européennes !

Les élections européennes ont livré leur verdict. En France et ailleurs, sans grande surprise, la donne politique a évolué. Quel sera l’impact économique, financier et monétaire de ce scrutin ? Jean-Paul Betbeze décrypte les rouages d’une Europe devenue plus compliquée pour les marchés.

Le pire a été évité, avec un fort taux de participation au-delà de 50%, ce qui montre l’intérêt de l’Europe, contrairement aux prévisions. Le plus compliqué est devant, pas seulement dans l’analyse, mais dans les décisions politiques à prendre pour piloter le nouvel ensemble. Après les élections européennes, le 28 mai à Bruxelles, se tiendra un «dîner informel des chefs d’état et de gouvernement».

Au menu : l’analyse du scrutin et les premières pistes, avant les consultations pour les décisions des 20 et 21 juin. Là, il s’agira de choisir le président de la Commission européenne (après Jean-Claude Juncker), le Haut-commissaire aux Affaires étrangères et la politique de sécurité (après Federica Mogherini) et le nouveau président de la Banque centrale européenne (après Mario Draghi). Ils seront ensuite présentés au Parlement pour vote. Rien que cela !

Donc, pas encore facile de donner un sens financier précis à ces élections, sans connaître ces trois noms décisifs. En attendant, avec 427 millions d’inscrits dans 28 pays, des centaines de listes, des réponses au moins autant nationales qu’européennes, il faudra écouter, lire et interpréter les commentaires, avec leurs (multiples) traductions politiques !

Les partis eurosceptiques restent à un haut niveau

Dès lundi, les marchés financiers vont sans doute noter que les partis eurosceptiques restent cantonnés à un haut niveau, autour de 180 sièges, mais dans des groupes différents. Donc pas de quoi rendre impossible toute majorité, même si elle est plus complexe à obtenir, 376 pour 751 sièges avant le Brexit (705 après), quoique toujours présente pour bloquer les populistes.

Les marchés vont ensuite noter que le cœur des alliances européennes, centre-droit (PPE, Parti Populaire Européen), centre gauche (S&D) a disparu. Le PPE passe(rait) en effet à 179 sièges contre 217, en partie du fait de la chute des Républicains en France ; et le PSD à 150 contre 186, à cause des difficultés du SPD allemand et du Parti socialiste français.

Les deux nouveautés seraient le poids des libéraux, ALDE, qui pourrait passer à 102 sièges (avec 22 En Marche) et surtout la montée des Verts, à 71, du fait des progressions allemande et française. Dans ce nouveau Parlement, l’alliance PPE-PSD ne pourra plus avoir la majorité, avec 329 sièges environ contre 376 nécessaires.

L’après Draghi au coeur des débats financiers

Le test qu’attendront les marchés est le Spitzenkandidat, la « tête de liste », le candidat proposé pour présider la Commission. Ce serait a priori Manfred Weber leader du PPE au Parlement, puisque sa liste a eu le plus d’élus. Il est responsable du CSU bavarois, allié du CDU d’Angela Merkel mais pas membre de son parti, sans grande expérience nationale, surtout sans avance notable en nombre de sièges. Le PPE devra donc négocier pour qu’il passe, mais quoi et avec qui ?

Mais c’est l’après-Draghi qui sera au centre des débats financiers. Déjà, des responsables politiques (conservateurs) allemands se demandent pourquoi ce ne serait pas Jens Weidmann, le patron de la Buba, si Manfred Weber n’est pas élu Président de la Commission. En revanche, son élection libèrera le poste à un non allemand (François Villeroy de Galhau le Français, le Finlandais Olli Rehn ou son prédécesseur Erkki Liikanen, sauf si Benoît Coeuré, membre sortant dont tout le monde salue l’éminence intellectuelle, est retenu ?).

Attendons-nous à de fortes tensions devant l’usure des outils de politique monétaire, que Mario Draghi maintient, du fait de ses succès. En effet, ces outils ne permettent toujours pas d’atteindre 2% d’inflation (1,7%), avec 7,7% de chômage, 1,2% de croissance, un déficit public à 0,5% du PIB, du fait des excédents allemands (excédent du budget de 1,7% et des comptes courants de 7,3% du PIB !). Alors grimpe la dette en zone euro (3,2%), bénéficiant des taux bas. Taux qui font souffrir les banques, notamment allemandes, qui s’énervent.

Bref, après ces élections, des discussions et d’autres élections, dans une Europe plus compliquée. Elle ne devient pas eurosceptique, mais cette sensibilité pèsera davantage, et devra intégrer des sensibilités plus fédérales, et surtout plus vertes !

Nota : les chiffres ici présentés sont des prévisions, à l’heure où ce papier a été écrit.

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