Des universitaires avec une conviction : l’importance d’un débat ouvert et accessible

Qu’avons-nous appris en 2020 ?

Il est important pour l’avenir de réfléchir à ce que nous avons appris en 2020 avec la crise du Covid-19. Nous avons compris bien sûr que l’humanité pouvait être menacée par des maladies infectieuses, ce que disaient depuis longtemps beaucoup de scientifiques. Mais nous avons aussi enrichi nos connaissances dans de nombreux domaines économiques.

La crise du Covid-19 a d’abord révélé les inégalités dans le niveau de la protection sociale. On a vu que les populations qui ont le plus souffert de la crise sont les jeunes, les titulaires de contrats de travail courts, les intérimaires et intermittents, certains indépendants. La protection sociale est toujours trop organisée autour des salariés permanents des entreprises et il reste à inventer une protection sociale universelle, ce qui pousse bien sûr vers l’idée de revenu universel.

Porteur de risques

La seconde leçon de la crise concerne les conditions favorables à l’apparition d’innovations de rupture, comme les vaccins à ARN messager. On a vu que l’écosystème le plus favorable était la coopération entre des chercheurs dans des start-up ayant une forte capacité à innover et aussi à les enrichir en cas de succès, des grands groupes apportant leur capacité d’industrialisation à grande échelle, et des États qui réduisent la prise de risque pour le secteur privé en apportant des financements publics. Le bon modèle semble donc être un modèle mixte en termes de statut (public-privé) et de taille (grands groupes-start-up).

La troisième leçon de la crise concerne le rôle de l’Etat. Dans tous les pays industrialisés, il a non seulement évité la perte de revenu des ménages en les soutenant financièrement mais il a également évité les faillites des entreprises en les subventionnant ou en prenant en charge une partie des salaires et en garantissant les crédits. On s’aperçoit qu’il y a une grosse imperfection financière : seul l’Etat a la capacité de s’endetter massivement (et rembourser plus tard) de manière à prendre en charge à court terme toutes les pertes économiques. Les ménages et les entreprises n’ont pas cette capacité, ce qui donne à l’État un rôle central de « porteur de risques en dernier ressort ».

Relocalisations

La quatrième leçon de la crise concerne la mondialisation et les chaînes de valeur. Il est apparu clairement que certaines productions étaient tellement stratégiques (médicaments, matériel médical) qu’il était inacceptable de devoir les importer, quel que soit le coût économique de la production domestique. Cela est important quand on réfléchit aux relocalisations. Il y en a de deux natures : celles qui résultent de l’efficacité économique (il est moins cher, plus rationnel de produire dans le pays), celles qui résultent de la réflexion sur les productions stratégiques, celles qu’on veut réaliser dans le pays quel que soit le prix. Au-delà de la santé, il s’agit sans doute du matériel militaire, de certains équipements pour la transition énergétique.

Enfin, la cinquième leçon de la crise concerne les politiques monétaires ; sans les politiques monétaires ultra-expansionnistes (taux d’intérêt nuls, achats massifs de dette publique par les banques centrales), il aurait été impossible de mettre en place les déficits publics nécessaires. Mais il n’y a pas « d’argent magique » et il faut aujourd’hui aussi réfléchir aux coûts de ces politiques. L’abondance extrême de liquidité fait apparaître des hausses excessives des prix des actifs, de la spéculation sur les actifs refuge (cryptomonnaies, matières premières, etc.). La crise nous a appris que les politiques économiques totalement non-conventionnelles étaient possibles, mais aussi les limites de ces politiques.

Aux Rencontres économiques d’Aix-en-Provence, nous tirerons les leçons de la crise. Elles portent en particulier sur les réactions de politique économique : il faut une capacité massive d’absorption des chocs par les États et les banques centrales, mais il faut connaître les risques de cette pratique. Elles portent aussi sur l’organisation structurelle des économies : champ de la protection sociale, organisation de l’innovation, nature des relocalisations stratégiques.

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