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« Quelle leçon tirer d’une année boursière en fanfare ? »

Les places financières internationales terminent 2019 en beauté. A Paris, le CAC 40 n’avait pas fait mieux depuis 12 ans, juste avant la crise. Bertrand Jacquillat revisite l’année écoulée à l’aune de l’évolution des mécanismes économiques, dont le plus récent.

L’année boursière se termine en fanfare avec un grand cru 2019 pour les investisseurs, près de 30% de gains dans la zone euro. Et pourtant les récits de l’économie narrative, une nouvelle branche de l’économie qui est en train de prendre son essor, adossée à l’économie comportementale, n’ont pas cessé de véhiculer des signaux négatifs qui auraient pu briser l’élan du marché amorcé au premier trimestre, et amplifié au quatrième trimestre 2019.

L’économie narrative se concentre sur les phénomènes de contagion des récits qui se propagent comme une épidémie et qui se diffusent de bouche à oreille, par les médias et les réseaux sociaux. D’aucuns voudraient que soient incorporés les récits, et leur diffusion, dans les modèles macroéconomiques de prévision, afin que soit intégré le rôle des croyances dans la survenance d‘évènements économiques majeurs. L’argument des promoteurs de l’économie narrative est que les économistes ne peuvent faire progresser leur science qu’en y incluant l’art du récit et de sa diffusion.

La leçon qu’il faut tirer de cette année boursière en fanfare est que l’économie narrative n’a pas réussi à l’enrayer. Tout au long de l’année, les récits narratifs des experts ont souligné les dangers d’une prochaine crise économique, financière et boursière en soulignant la similarité de l’état des principales économies contemporaines avec celui prévalant lors des crises précédentes. L’impression persiste en effet que les Etats-Unis pourraient connaître un autre krach boursier de grande ampleur.

Cette narration résiliente est l’héritage de la crise de 1929, même si beaucoup de temps s’est écoulé depuis et que le « zeitgeist » des années 1930 a disparu. Mais l’impression persiste qu’il n’a fait que s’estomper sans toutefois disparaître, comme la grande récession des années 1997-1999 est là pour nous le rappeler. Toutefois, à la date d’aujourd’hui, il n’y a pas eu de contagion de la narration de l’imminence d’une récession ou d’un krach boursier.

Et la confiance des investisseurs n’a pu être entamée malgré tous les efforts des chroniqueurs professionnels qui ont déversé au fil des mois un pot-pourri de signaux négatifs et d’avertissements sur des risques majeurs : les bras de fer géopolitiques avec les Etats-Unis et la Chine comme acteurs principaux ; la récession imminente qui devait se produire aux Etats-Unis dont le cycle économique et boursier le plus long de l’histoire, qui exaspérait les Cassandre laissés au bord du chemin, ne pouvait s’éterniser outre-mesure ; l’inversion de la courbe des taux qui ne présageait rien de bon, etc.

En fait, et subrepticement, la nature des cycles des affaires a changé. Ils ne sont plus provoqués par l’inflation mais alimentés par les flux financiers. De fait, les indicateurs de flux financiers ont supplanté, comme signaux économiques avancés, les écarts relatifs de taux qui ressortent de l’inversion de la courbe de structure des taux à maturité, lesquels se trouvent biaisés par les nouvelles politiques monétaires.

Ainsi en va-t-il du niveau de la prime de risque de marché, c’est-à-dire de l’écart de rentabilité anticipée entre les actions et les taux longs, qui s’établit encore aujourd’hui à 7,5%, un niveau très confortable qui donne tout son sens au slogan prévalant sur les marchés d’actions depuis la chute des taux au voisinage de zéro, le fameux TINA (There is no alternative). Et les investisseurs ont eu raison de rester optimistes malgré les récits alarmistes des Cassandre : les banques centrales sont très prudentes et disposées à rester très accommodantes, les anglais ont enfin un leader doté d’une vision stratégique cohérente, Etats-Unis et Chine observent une pause dans leur bras de fer signalant une grande prudence dans la poursuite de leurs relations, les instituts de conjoncture voient s’éloigner le risque d’une récession  au moins jusqu’à la fin de l’année 2020, surtout avec le slogan de la prochaine élection présidentielle américaine, TINAP (There is no alternative to Trump), ce dernier surveillant comme le lait sur le feu l’évolution de l’économie et du marché des actions américain jusqu’à novembre 2020. Et après ? N’oublions tout de même pas que les arbres ne montent pas jusqu’au ciel !

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