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Quelle rentrée ?

L’administration américaine a publié, vendredi 7 septembre, le rapport mensuel de l’emploi aux Etats-Unis. Sans surprise, les chiffres confirment l’état de plein emploi outre-Atlantique. En cette rentrée, tous les yeux sont tournés vers l’Amérique de Donald Trump. Jean-Paul Betbeze analyse et met en perspective les résultats de sa politique économique, avec les conséquences prévisibles sur les autres économies de la planète. 

201.000 emplois créés en août, un peu plus que prévu : quelles conséquences ? Allons, un peu de sympathie pour les marchés boursiers, les experts et les investisseurs dans les temps actuels ! Jamais nous n’avons vécu autant de drames et de tensions politiques, surtout d’origine américaine : Trump chamboule tout. Comment va-t-il continuer ? Comment les autres économies vont-elles réagir ? Que va-t-il se passer ici et dans les banques centrales ?

Pénurie de dollars : mettant la politique au-devant de tout, Donald Trump veut d’abord pousser «à l’intérieur» la croissance américaine par la baisse des impôts et la déréglementation. Il veut aussi agir «à l’extérieur» par les pressions douanières sur ses voisins mexicains et canadiens, douanières et monétaires sur la Chine et la zone euro, accusées de «manipuler leur monnaie». Moralité : le dollar et la Bourse montent, avec la croissance américaine à 3%.

Comme le dollar monte, avec les taux d’intérêt, notamment en septembre et en décembre cette année, plus les peurs suscitées sur la politique américaine, une fébrilité croissante gagne les changes des pays émergents, endettés en dollar. Le peso argentin perd plus de la moitié de sa valeur depuis janvier, la livre turque 35%, le real brésilien 20%, le rand sud-africain 15%, la roupie 10%. Sans compter le rial iranien et le petro vénézuélien? Et Donald Trump frappe désormais aux portes de la zone euro : il critique ses excédents commerciaux (pour ne pas dire les automobiles allemandes) et plaint l’Italie, exposée aux migrants !

Les marchés vont chercher deux repères et deux sages

Cette pénurie politique du dollar fait ralentir l’économie des pays émergents et pèse sur la zone euro. La production industrielle allemande baisse de 1,1% en juillet (alors qu’on attendait une hausse de 0,2%), après une baisse de 0,7% en juin. Le moral des entrepreneurs s’y obscurcit. L’économie française, et la psychologie, n’échappent pas à ce changement de météo. L’enquête Markit publiée au mois d’août note : «La confiance des fabricants français chute à son plus faible niveau depuis la fin de l’année 2016. Les tensions commerciales mondiales… font craindre un ralentissement de la croissance au cours des douze prochains mois.»

Dans cette tourmente, les marchés vont chercher deux repères et deux sages. Les deux repères sont la croissance américaine (emploi, PIB, inflation) et chinoise (croissance, crédits). Les deux sages sont les deux banquiers centraux de la Fed et de la BCE. Jerome Powell à la Fed est là pour mener la hausse des taux, en suivant précisément les indicateurs de croissance. Il « tient » la hausse des prix à 2% et veut savoir de combien la croissance peut monter en mobilisant ses capacités restantes et en réveillant la productivité. Le deuxième sage est Mario Draghi et ses trois P : prudence, patience, persévérance.

Avec ce qui se passe sur le terrain politique en Allemagne, Angela Merkel soutenant Manfred Weber pour diriger la liste du PPE (Parti populaire européen) et être ensuite président de la Commission, à la suite de Jean-Claude Juncker (si tout «marche» bien), il est peu probable qu’elle soutienne aussi Jens Weidmann, le président de la Buba, pour succéder à Mario Draghi. Ce dernier pourrait donc continuer sa politique de taux bas, voire la prolonger… après son départ, en mettant en place une politique de réinvestissement du portefeuille de la BCE en titres aussi longs que possible.

Bref, dans le tourbillon trumpien, qui fait ralentir la croissance mondiale, l’économie américaine avance, le dollar tient, les GAFA montent. Mais, en finance, il n’est jamais très bon d’être si seul.

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