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L’Afrique, continent du XXIe siècle

Entre vulnérabilités structurelles et montée en puissance économique, l’Afrique se trouve à un tournant décisif. Portée par de nombreux atouts, elle doit encore lever plusieurs freins pour s’imposer pleinement dans la gouvernance mondiale explique Christian de Boissieu.

Depuis trop longtemps, l’Afrique subit les conséquences négatives de crises et de guerres qui viennent d’ailleurs. Son surendettement global limites ses marges de manœuvre face à de tels chocs. Il alimente son extrême sensibilité face à la volatilité de la croissance mondiale et l’expose aussi à l’instabilité financière… L’Afrique, plus que d’autres continents, subit de plein fouet l’effet de l’unilatéralisme de plusieurs grandes puissances. Son poids dans la réorganisation de l’économie mondiale qu’initient le Sud global et en particulier les BRICS demeure insuffisant. Cela en comparaison de son potentiel économique et géopolitique.

Une locomotive économique en devenir

L’Afrique est le continent du 21ème siècle. Pas seulement grâce à sa dotation en matières premières qui fait d’elle un champ d’affrontement majeur. Son poids démographique croissant en pourcentage de la population mondiale est un atout. Ses performances dans l’innovation également. Et pas seulement dans la monétique ou dans l’IA. La floraison d’entrepreneurs « schumpétériens » renforce cette dynamique. L’abondance de talents aussi, qu’il faut, comme en Europe, chercher à conserver. La liste des atouts est impressionnante.

L’Afrique s’installe comme locomotive de l’économie mondiale. Selon le FMI, la croissance de l’Afrique sub-saharienne est désormais prévue à 4,4% en 2027. Contre seulement, pour la même année, 4% pour la Chine et 3,2% pour le monde. Les atouts évoqués plus haut vont consolider la croissance potentielle, mais aussi la croissance effective et l’attractivité du continent. C’est pourquoi je m’étonne du retrait d’Afrique d’un certain nombre d’opérateurs, dont plusieurs banques françaises. Ces départs sous-estiment grandement le potentiel à long terme de l’Afrique.

Renforcer la gouvernance et la transparence

Les avancées constatées ne doivent pas masquer les défis. Pour prendre toute sa place dans le Sud global et la géopolitique mondiale, l’Afrique doit, condition nécessaire, lutter contre sa fragmentation. S’il est un domaine où le constat est patent, c’est celui de la fragmentation monétaire et financière. L’Afrique n’ira pas de sitôt vers une monnaie unique, mais la coopération monétaire doit être renforcée par sous-Régions. La réforme du franc CFA est à l’ordre du jour. Il faut promouvoir l’essor d’une agence de notation panafricaine, la mise en réseau de plusieurs places financières africaines, également des mécanismes de stabilité financière … L’Europe peut en l’espèce partager son expérience, mais avec pragmatisme et modestie.

Par ailleurs, même si des progrès ont été enregistrés dans l’importation des bonnes pratiques et dans l’aggiornamento du cadre réglementaire, l’Afrique doit renforcer la lutte contre la corruption. Elle doit également combattre le blanchiment de l’argent sale. Transparence accrue et meilleure corporate governance  conditionnent la durabilité des performances macroéconomiques.

Le rôle stratégique de l’Europe

Pour soutenir l’Afrique, l’Europe doit de son côté combiner plusieurs initiatives : relancer le partenariat EuroMed malgré l’opposition frontale entre le Maroc et l’Algérie ; effectuer les transferts financiers promis aux pays du Sud pour leur transition énergétique ; favoriser le désir légitime des Africains de plus participer à la gouvernance mondiale. Sur ce dernier point, on peut paraphraser ce que dit Mark Carney à propos des pays intermédiaires : « malgré quelques avancées (entrée de l’UA au G20…), l’Afrique est souvent au menu, rarement à la table »…

Faisons en sorte qu’elle soit plus systématiquement à la table, comme le souligneront les Rencontres économiques d’Aix-en-Provence de juillet prochain.