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Dettes publiques mondiales : quels sont les maillons les plus faibles ?

Alors que les taux d’emprunt français dépassent ceux des États-Unis, les marchés financiers envoient un signal de défiance. Dépendance aux investisseurs étrangers, fragilité de la dette à court terme et risques de contagion : Jean-Paul Betbèze revient sur les maillons faibles de la finance mondialisée et les vulnérabilités françaises.

Merci Moody’s et Fitch de nous regarder voter le budget, pour la présidentielle et les législatives ! Nous avons compris que la preuve du maillon faible, c’est qu’il a cédé, entraînant ceux qui le suivent, et que l’on pensait « moins faibles » dans sa chute. Trop tard, dira-t-on. Pourtant, les marchés financiers, les investisseurs, banquiers, entrepreneurs, votants et peut-être même les politiques le savaient.

Tous regardent les taux d’intérêt à long terme de leurs trésors publics. Ils voient désormais que la France s’endette à 5,098 %, soit plus que les États-Unis, à 5,046 %. Il faut être précis, car cette journée avait commencé à 4,975 % pour la France et 5,1002 % pour les États-Unis.

La France inquiète plus, les États-Unis moins. Autrement dit, il y a eu des ventes ici et des achats là, ce jour. Les marchés, « myopes » comme on dit, sont bons calculateurs. Ils voient que la France s’endette plus cher que les grands pays d’Europe et même plus cher que les États-Unis, et que ceci empire.

Les marchés, premiers symptômes de l’inquiétude

Rien n’est mieux suivi que les marchés de taux et d’actions pour les symptômes d’inquiétude. Avant toute crise, on voit monter les taux et baisser la Bourse, en général. En général, car en cas de crise financière majeure, la Bourse nationale peut monter. Elle est alors vue comme une protection relative contre l’inflation : c’est le cas de l’Argentine depuis 2023, ou de la Turquie jusqu’à ce qu’un scandale boursier éclate, en octobre 2026. En général aussi, car il faut savoir que tout est bon pour se réfugier en cas de crise, quelle qu’elle soit : l’or, toujours ; les sacs Vuitton au Japon contre la baisse du yen, dans un marché réglementé de seconde main (!) ; ou encore les cryptomonnaies, qui jouent désormais davantage ce rôle de refuge, pour autant que l’on ait confiance dans le « commerçant ».

La crise arrive aussi avec l’exclusion d’un indice boursier ou une baisse de rating. C’est ce qui arrive à la Bourse de Jakarta (Indonésie), qui plonge de 12 % ce 19 octobre, de 15 % sur un mois et de 35 % sur un an. La raison : MSCI avertit qu’il pourrait faire passer l’Indonésie de « marché émergent » à « statut autonome » (comme le Liban et le Zimbabwe). Autrement dit, la couper des flux d’achats internationaux d’Asie du Sud-Est.

La dette française, dépendante des investisseurs étrangers

Revenons ici. Les achats de BTF, Bons du Trésor Français, titres à court terme, sont largement entre les mains étrangères. En effet, si les opérateurs étrangers possèdent 57,8 % des 2 680 milliards de la dette publique longue, qui a une durée de vie moyenne de 9 ans et 33 jours à la fin septembre, ils en détiennent 79,9 % des 218 milliards de la dette courte, dont la durée de vie moyenne est de 129 jours. Ces 200 milliards sont la part la plus fragile de la dette française, car son non-renouvellement se ferait sans perte en capital.

Il ne faut pas oublier ici la crise bancaire américaine de mars 2022. Les banques californiennes, notamment Silicon Valley Bank (13e banque du pays), recevaient des dépôts de leurs clients start-up, à la suite de leurs augmentations de capital. Elles achètent alors des bons du Trésor en garantie. Mais, comme la Fed augmente ses taux, leurs « gros » clients font face à des difficultés. Ils utilisent alors leurs liquidités, forçant les banques à vendre leurs titres publics à perte. On parle de 1,8 milliard de dollars pour SVB, qui ferme.

On ne peut rien face à un bank run. Il faut que la banque centrale intervienne ou qu’une très grande banque rachète l’établissement (JP Morgan pour SVB ou UBS pour Credit Suisse).

Des fragilités qui dépassent la seule dette publique

Aucune crise n’arrive jamais dans un terrain ferme, dans cette finance mondialisée. En France, la menace de baisse de rating vient avec les troubles sociaux, ce qui fait monter les taux et pèse sur la Bourse. En plus, on ne peut oublier les interrogations sur l’IA, avec ses besoins de financement et ses risques de bulle, ou sur le luxe, l’automobile et les banques en Europe.

Dettes publiques mondiales : les maillons les plus faibles ? Ceux que nous ne renforçons pas.