Le G7, présidé par la France en 2026, devra se concentrer lors de son prochain sommet sur l’énergie, l’IA et les relations avec le Sud. L’Europe gagnerait en légitimité face à Trump si elle commençait à appliquer les recommandations du rapport Draghi, plaide Christian de Boissieu dans la chronique du Cercle des économistes ».
Pour le sommet d’Evian de juin prochain sous présidence française, il est difficile d’imaginer contexte plus défavorable : des guerres, l’unilatéralisme de Donald Trump, une croissance mondiale sans grand relief, les ambitions de la Chine…
Le G7 reste fort en ce qu’il rassemble plusieurs puissances nucléaires. Mais il représente un pourcentage décroissant de la population mondiale (aujourd’hui, seulement 10 %), du PIB mondial et de la croissance mondiale. Pendant que le G7 se concerte, le Sud global croît et s’organise, avec pour les BRICS une mini-Banque mondiale, un mini-FMI… Le Sud prône la « dédollarisation » de l’économie mondiale, prenant ses désirs pour la réalité.
Un G7 à l’épreuve du trumpisme
La présence à Evian, comme dans tous les sommets du G7, d’invités du Sud n’empêchera pas la confrontation Nord-Sud d’être la toile de fond des échanges, doublée du conflit Etats-Unis-Chine. Il serait essentiel que la présidence française permette à l’Europe de sortir de sa passivité.
Le G7 a progressivement élargi ses thèmes, perdant en intensité ce qu’il a gagné en extension. Privilégier une sorte de liste à la Prévert des questions abordées conduit à des conclusions peu engageantes. Le monde du G7 est plat, rançon des divergences politiques autour de la table. Pour Evian, la présidence française aurait intérêt à centrer la discussion sur quelques thèmes : la sortie des conflits, la fragmentation du monde, l’énergie et le climat, le numérique et l’IA et, enfin, les relations avec le Sud.
En comparaison du sommet de 2025, ce ne serait pas la révolution. Mais, tout autant que les questions traitées, c’est la manière de les aborder qui compte. La régulation du numérique et de l’IA et le couple énergie/climat vont rester des points d’achoppement entre Américains et Européens. Parler de fragmentation, c’est une façon d’évoquer les droits de douane et l’avenir du dollar sans braquer d’emblée la partie américaine.
Au fait, sur qui la France va-t-elle pouvoir compter à Evian ? L’Europe est majoritaire au G7. Mais, face au bulldozer Trump, il n’est pas de majorité qui tienne. D’autant plus que Giorgia Meloni et Keir Starmer sont dociles vis-à-vis du président américain. Le calendrier est serré, mais l’Europe arriverait en position moins défavorable si elle commençait à mettre en oeuvre certaines des recommandations du rapport Draghi. Je déplore par ailleurs le silence du Japon depuis des années au G7 comme au G20.
Le temps du pragmatisme plutôt que des communiqués
Les sommets du G7 débouchent sur des communiqués débouchant sur rien, ou pas grand-chose. Les rares réussites en matière de coordination internationale (réglementation bancaire, COP…) sont intervenues en dehors d’un tel format. La faiblesse congénitale du G7 ne date pas de Trump. Il serait trop facile de penser qu’après lui, la gouvernance mondiale retrouvera ipso facto des couleurs. Cette réflexion ne peut se limiter au seul format des sommets. Elle doit être poursuivie dans d’autres cadres de discussion, comme elle le sera lors de deux sessions prévues aux prochaines Rencontres économiques d’Aix-en-Provence.
« La faiblesse congénitale du G7 ne date pas de Trump. »
Pour construire des éléments d’une gouvernance mondiale, il va falloir être pragmatique. Privilégier les petits pas en attendant un contexte moins défavorable. Parmi les changements imaginables, je pense au renforcement du rôle du FMI dans la surveillance des systèmes financiers, et à la nomination de représentants du Sud à la tête du FMI et de la Banque mondiale. Quant à la relance de l’OMC, elle attendra…
Pour être crédible sur le sujet de la gouvernance mondiale, l’Europe devra améliorer son propre système de gouvernance. On peut toujours rêver.