Face à une vision du monde dominée par des empires prédateurs, les pays intermédiaires jouent un rôle politique décisif. Selon Jean-Hervé Lorenzi, ces États continuent de peser sur les équilibres internationaux.
Il y a peu, on ne parlait que de pays émergents. Aujourd’hui, il n’y en a que pour le Sud Global. Conséquence, tout autant que cela puisse paraître étonnant, les puissances intermédiaires ont disparu, et pourtant il s’agit de pays essentiels, surtout sur le plan politique. On y retrouve la Turquie, l’Arabie Saoudite, l’Indonésie, l’Afrique du Sud, bien d’autres… et la France ainsi que plusieurs grandes puissances européennes.
À Davos, cette année, ce fut le représentant d’une puissance Intermédiaire dont le discours fut le plus important : Mark Carney, Premier ministre du Canada. Ce sont ces voix qui porteront, peut-être le plus face à une vision quelque peu simpliste d’un monde partagé entre quelques Empires prédateurs.
L’argument traditionnellement utilisé consiste à les présenter comme des puissances moyennes. C’est Valéry Giscard d’Estaing qui utilisa ce terme pour la première fois, au début de juin 1979. Dans un discours limpide mais sans grâce, il transgressa une règle immuable depuis des siècles : ne jamais évoquer la France autrement que comme une grande puissance. Les mots étaient lancés. Ceux de puissance moyenne, dont on conviendra qu’ils n’excitent ni les cœurs ni les passions.
Qu’est-ce qu’une puissance intermédiaire ?
Alors, qu’est-ce qu’une puissance intermédiaire ? C’est un pays qui conserve l’ambition non seulement de survivre, mais aussi de continuer à exister par lui-même. Pour la France, cela s’entend dans notre espace naturel, l’Europe, confrontée à une crise économique et géostratégique loin d’être finie.
Une puissance intermédiaire se définit dans quatre domaines de la vie collective : économique, militaire, diplomatique et culturel. Elle a une réelle aptitude à conserver un projet, une influence sur son destin et une capacité à dépasser ses propres frontières dans ces domaines. Bien entendu, les courants d’influence jouent dans les deux sens. Nous sommes influencés par les marchés mondiaux et par les multiples cultures qui font la richesse du monde. Mais la perception d’être une puissance intermédiaire peut redonner confiance. Et, dans ces temps difficiles, ce n’est pas un mince avantage pour se doter d’un projet.
La France, une puissance intermédiaire au sein de l’Union européenne
Le cas de la France est évidemment très particulier, tout simplement parce qu’elle fait partie d’une collectivité très structurée : l’Union européenne. Le maître mot y demeure celui de politique commune. Il faut le respecter et le développer sans pour autant nier les différents pays européens. L’Allemagne, l’Italie, la Pologne… sont aussi des puissances intermédiaires. Elles continuent à se percevoir comme ayant un destin propre.
Mais cela ne suffit pas. Chacun joue un rôle régional et mondial important. Les uns dans le Golfe, les autres en Amérique du Sud, en Afrique ou dans l’Union européenne. Il faut convaincre les voisins. Exprimer tout ce qui peut lutter contre une véritable dérive planétaire. Ce statut est souvent lié à une grande Histoire et à un poids moral. Sur ce plan, la France maintient son rang.