Entre autonomie renforcée, dépendance aux exportations et maîtrise de l’innovation, Mary-Françoise Renard met en lumière les tensions internes qui pourraient freiner les ambitions chinoises. La professeure émérite souligne également l’importance de la coopération prudente avec les États-Unis pour maintenir un équilibre stratégique et économique.
En bombardant l’Iran, Donald Trump s’attaque indirectement aux intérêts de la Chine. Cela se passe quelques semaines avant de rencontrer son président. Pourtant, le 8 mars, le ministre des Affaires étrangères Wang Yi est resté très prudent lors de la conférence de presse donnée traditionnellement lors des Lianghui, les deux sessions parlementaires qui ont débuté le 5 mars à Pékin. Ces dernières annoncent la feuille de route du gouvernement. Après avoir rappelé que la souveraineté des États devait être respectée, il a souligné les perspectives positives de la coopération entre la Chine et les États-Unis.
Forte de son expérience de la première présidence Trump, la Chine a accru son autonomie et compte désormais sur sa capacité innovatrice pour soutenir sa croissance. Elle reste néanmoins dépendante de ses exportations et de l’accès à certaines technologies étrangères.
Les différends économiques cruciaux
Le premier sujet de discorde a été le très fort déficit commercial américain. Ce dernier correspond à un excédent chinois persistant. La réponse de D. Trump consistant à imposer des droits de douane n’a pas bien sûr rien résolu, la source du problème étant d’ordre macroéconomique. Les États-Unis épargnent peu et consomment beaucoup, contrairement à la Chine. Les négociations portent donc sur la possibilité d’accroître la consommation de produits américains par les consommateurs chinois. Elles concernent aussi les outils de la politique commerciale : droits de douane et contrôle des exportations.
Le deuxième sujet, et sans doute le plus crucial, a des implications militaires. Il s’agit de la domination technologique. Dès le début des années 2000, le gouvernement a pour objectif de faire de la Chine une nation innovante. Une succession de plans a suivi. Elle se traduit par la création d’un écosystème industriel, permettant une maîtrise de l’ensemble de la chaîne de valeur dans de nombreux secteurs.
Cette stratégie vient d’être confirmée par le Premier ministre Li Qiang, lors des Lianghui. Les « nouvelles forces productives » voulues par Xi Jinping s’appuient prioritairement sur l’IA, les semi-conducteurs, la robotique, le quantique et la biomédecine.
Les déséquilibres internes peuvent-ils mettre à mal ces ambitions ?
La Chine doit faire face à de sérieuses difficultés. Pour la première fois depuis 1991, le Premier ministre a annoncé pour 2026 un taux de croissance légèrement à la baisse (4,5 %). Elle est confrontée à deux problèmes majeurs.
Premièrement, la relance de la consommation s’est jusqu’à maintenant beaucoup plus appuyée sur l’offre de nouveaux produits plus performants que sur la redistribution. Cela a été peu efficace. Pour la première fois, le gouvernement annonce un plan d’assez grande ampleur. On attend encore des précisions sur son financement.
Deuxièmement, la politique économique définie au niveau central est mise en œuvre par les gouvernements locaux. Or, beaucoup connaissent des difficultés budgétaires à cause de la crise de l’immobilier. Sans une réforme fiscale d’envergure, redéfinissant le partage des responsabilités, ils auront du mal à financer leurs projets. Cela concerne la modernisation de l’industrie ou l’amélioration de la protection sociale.
Les objectifs politiques et économiques de la Chine sont bien sûr prioritaires par rapport aux demandes américaines. Mais il est clair que chacun des deux pays représente le partenaire privilégié de l’autre. La prudence et la flexibilité devraient donc être de mise, quitte à n’aboutir qu’à un statu quo.