— Actualité

— Environnement & Énergie

Peut-on durablement vivre sans le pétrole et le gaz du Golfe ?

Le conflit autour du détroit d’Ormuz révèle la dépendance persistante du monde au pétrole et au gaz du Golfe. Si les marchés peuvent absorber un choc à court terme, les alternatives restent limitées à moyen terme. Pour la France, réduire cette dépendance passe avant tout par l’électrification et la baisse des importations d’hydrocarbures.

Depuis le 28 février, le détroit d’Ormuz n’est plus franchi que de façon erratique, sous menace iranienne. Le Golfe, qui exportait plus de 20 millions de barils par jour (Mb/j) avant la guerre, en écoule moins de 15, par les rares navires autorisés et par les oléoducs qui contournent le détroit. Le Brent se traite autour de 95 dollars, après un pic à 126 dollars en mars. Le directeur de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) y a vu « la plus grande menace pour la sécurité énergétique de l’histoire ». Six mois plus tard, le monde peut-il se passer durablement des hydrocarbures du Golfe ? Tout dépend de l’horizon.

À court terme, les marchés peuvent absorber le choc

À court terme, la réponse est « oui », mais à crédit. Le monde a absorbé la perte d’une demi-douzaine de millions de barils par jour grâce à trois amortisseurs. Les stocks d’abord, dont 410 Mb/j ont été tirés depuis fin février. La destruction de demande ensuite, l’AIE prévoyant un recul de la consommation mondiale de 1,6 Mb/j en 2026. Les contournements enfin, par les oléoducs saoudien et émirati, dont la capacité plafonne à 5,5 Mb/j.

Pour le gaz, c’est la diversification qui a amorti le choc. Les États-Unis ont fourni 2/3 des importations européennes de gaz liquéfié depuis le début de l’année. Cela n’a toutefois pas permis de remplir suffisamment les stocks. Ils étaient pleins à seulement 63 % fin août, un point bas depuis vingt ans.

À moyen terme, la dépendance au pétrole et au gaz du Golfe demeure

À moyen terme, la réponse est « non », en raison de la géologie et des coûts. Le Golfe détient près de la moitié des réserves prouvées de pétrole, les extrait au coût le plus bas du monde et concentre les capacités de production inutilisées, usuellement dédiées à réguler les prix. D’autres producteurs hors Golfe, comme les États-Unis, le Brésil et le Guyana, produisent déjà à plein et leurs marges de manœuvre sont réduites. Ils peuvent atténuer une pénurie, mais sans remplacer le Golfe.

Le rebond que l’AIE attend en 2027 suppose la réouverture d’Ormuz. Le constat vaut pour le gaz. Le Qatar et les Émirats assurent près d’un cinquième du GNL mondial. L’attaque du site de Ras Laffan, au début du conflit, a retiré près de 20 % des capacités qataries.

La France doit réduire ses importations d’hydrocarbures

La France paraît moins exposée. Le Proche et Moyen-Orient ne lui a livré que 6 % de son brut au premier trimestre. Elle ne reçoit plus aucun GNL du Golfe depuis juillet 2024 et son électricité nucléaire la protège en partie des prix du gaz. Mais cette protection est trompeuse. Ayant fermé une partie de ses raffineries, la France importe massivement du gazole et du kérosène. Près d’un quart vient du Golfe, pour l’essentiel d’Arabie saoudite et du Koweït.

Et, si la France stocke une centaine de millions de barils, environ trois mois d’importations, qui préservent un approvisionnement en cas de rupture temporaire. Cette protection n’empêche pas l’essence de frôler les 2,10 € et le diesel les 2,30 € actuellement. L’État n’a plus les moyens d’une remise à la pompe comme en 2022.

Concernant le gaz, la France n’est pas immunisée contre la flambée des prix. Premier importateur européen de GNL, elle achète sur un marché mondial où l’Asie, privée du gaz qatari, surenchérit. Le gaz européen a dépassé 75 euros le mégawattheure début septembre. C’est son plus haut niveau depuis janvier 2023. La facture de chauffage d’un ménage type sera en hausse de 25 % en 2026.

Réduire les importations, plutôt que subir la prochaine crise

Les solutions relèvent dès lors moins d’une quelconque action diplomatique, sans effets sur le prix et les volumes, que de la réduction des importations de pétrole et de gaz. L’électrification des transports et du chauffage est la seule diversification définitive, chaque véhicule électrique ou pompe à chaleur installé étant un baril du Golfe en moins. S’y ajoute le développement des gaz verts, biométhane en premier lieu, qui pourrait couvrir vers 2035 20 % de la consommation.

Ormuz rouvrira, certes. La question est de savoir si nous aurons, d’ici la prochaine entrave, fait le bilan lucide de nos dépendances, et accéléré leur réduction. À placer tout en haut, parmi les impératifs du débat présidentiel.