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Pourquoi la guerre mondiale énergétique bouleverse-t-elle l’économie ?

À quelques semaines du G7 d’Évian, la bataille énergétique bouleverse l’économie mondiale. Depuis le conflit entre la coalition américano-israélienne et l’Iran, la fermeture du détroit d’Ormuz a fait bondir le Brent de 60 à plus de 100 dollars le baril. Derrière ce choc d’approvisionnement inédit se dessinent des fractures durables : rivalité entre États-Unis et Chine, fragmentation des chaînes énergétiques et compétition accrue pour les minerais critiques.

L’année 2025 a consacré une véritable bifurcation stratégique entre les deux premières puissances mondiales.

Les États-Unis renforcent leur statut de grande puissance hydrocarbure. Washington a multiplié les projets de forage et validé de nouveaux terminaux d’exportation de gaz naturel liquéfié (GNL), dans une logique de leadership énergétique mondial.

Face à eux, la Chine accélère son électrification. Pékin a investi plus de 800 milliards de dollars dans les technologies vertes en 2024, soit près de 40 % des investissements mondiaux. En 2025, le pays a ajouté 315 gigawatts de capacités solaires, davantage que l’ensemble du parc solaire installé aux États-Unis. La Chine contrôle désormais plus de 70 % des capacités mondiales de production de panneaux solaires, de cellules de batteries et de véhicules électriques. Elle assure également plus de 80 % du raffinage mondial des terres rares et plus de 60 % du raffinage du cobalt.

Cette opposition traduit deux visions géostratégiques concurrentes : les États-Unis misent sur l’abondance des hydrocarbures, tandis que la Chine construit sa souveraineté industrielle autour des technologies propres.

L’Europe prise en étau

L’Union européenne se retrouve dans une situation de double dépendance. Malgré la réduction des importations russes depuis le début de la guerre en Ukraine, le gaz russe représentait encore 13 % des importations européennes en 2025, contre 40 % avant le conflit. Pour compenser, l’Europe dépend de plus en plus du GNL américain, avec jusqu’à 15 milliards de mètres cubes de demande supplémentaire attendus en 2026.

Dans le même temps, la transition énergétique européenne renforce sa dépendance à l’industrie chinoise. Batteries, panneaux solaires, minerais critiques : l’Europe devient cliente des chaînes de valeur dominées par Pékin.

Cette vulnérabilité énergétique et industrielle fragilise la compétitivité européenne, alors que les prix de l’énergie restent près de trois fois plus élevés qu’aux États-Unis pour les industries énergivores.

Le choc d’Ormuz relance les tensions pétrolières

En début d’année 2026, les marchés pétroliers évoluaient pourtant dans un contexte d’offre excédentaire. Morgan Stanley anticipait un surplus pouvant atteindre 3 millions de barils par jour, tandis que l’Agence internationale de l’énergie évoquait un excédent proche de 4 millions.

Le déclenchement du conflit avec l’Iran a brutalement inversé la tendance. La fermeture du détroit d’Ormuz a provoqué « la perturbation la plus grave de l’histoire du marché pétrolier moderne » selon l’AIE.

Les cours du Brent ont bondi de plus de 10 % dans les 48 premières heures avant de dépasser durablement les 100 dollars le baril. L’AIE a même révisé à la baisse ses prévisions de demande mondiale de pétrole pour 2026, une première depuis la pandémie de Covid-19.

Cette crise rappelle la dépendance persistante de l’économie mondiale aux grands équilibres géopolitiques du Moyen-Orient.

Le marché gazier confronté à une vulnérabilité systémique

Le marché mondial du gaz connaissait lui aussi une phase de relative abondance. La production mondiale de GNL devait atteindre 475 millions de tonnes en 2026, soit une hausse de 10 % sur un an, portée principalement par les États-Unis et le Qatar.

Mais la suspension de certaines capacités qataries après le début du conflit a profondément déstabilisé les marchés asiatiques et européens.

En Europe, les prix du gaz avaient jusqu’ici été contenus grâce à la montée des renouvelables et à des niveaux de stockage élevés. La crise iranienne remet en cause cette accalmie et souligne la dépendance persistante des marchés européens aux tensions géopolitiques du Golfe.

Dans le même temps, la production américaine de gaz devrait encore progresser de plus de 20 % d’ici 2030, soutenue par les exportations et par l’explosion des besoins énergétiques liés aux centres de données d’intelligence artificielle.

Les minerais critiques au cœur de la compétition mondiale

La transition bas carbone déplace progressivement la compétition énergétique vers les matériaux critiques : lithium, cobalt, nickel ou terres rares.

Là encore, la Chine occupe une position dominante grâce à une stratégie industrielle menée depuis plusieurs années autour du plan « Made in China 2025 ».

Face à cette hégémonie, les puissances occidentales multiplient les projets de diversification. Le Japon investit dans des projets miniers au Chili, en Indonésie ou en Australie. Les États-Unis ont lancé des partenariats stratégiques avec Canberra, tandis que l’Union européenne soutient plusieurs projets, dont la mine de lithium de Barroso au Portugal.

Mais ces stratégies restent fragiles. La chute des prix du lithium en 2024 et 2025 a affaibli la rentabilité de nombreux projets, tandis que les capacités de raffinage restent très largement concentrées en Chine.

Le retour du risque de stagflation

Avant la crise iranienne, la baisse des prix du pétrole et du gaz alimentait une dynamique désinflationniste mondiale.

Cette tendance a rapidement laissé place à un risque de stagflation. Selon le FMI, les perturbations d’approvisionnement pourraient ajouter près de 1 % d’inflation supplémentaire à l’échelle mondiale, tandis que la hausse des coûts énergétiques freine la croissance.

Les banques centrales se retrouvent face à un arbitrage délicat entre lutte contre l’inflation et soutien à l’activité économique.

Dans les pays émergents, la situation devient particulièrement critique. Selon l’OCDE, le déficit de financement de la transition énergétique pourrait dépasser 10 000 milliards de dollars d’ici 2050.

Afrique, Ukraine, Méditerranée : les nouvelles zones critiques

Plusieurs zones géopolitiques concentrent désormais les tensions énergétiques mondiales.

En Ukraine, les attaques contre les infrastructures énergétiques maintiennent une pression durable sur les marchés européens.

En Méditerranée orientale, les champs gaziers Leviathan et Tamar renforcent l’importance stratégique d’Israël comme fournisseur régional alternatif.

L’Afrique occupe également une position centrale. La production pétrolière et gazière du continent pourrait atteindre 11,5 millions de barils par jour en 2026, avant de grimper à 13,6 millions d’ici 2030.

Le continent attire les investissements chinois, européens et américains, notamment autour des minerais critiques comme le cobalt en République démocratique du Congo.

Quels enjeux pour le G7 d’Évian ?

Le sommet du G7 devra répondre à une double urgence : sécuriser les approvisionnements énergétiques à court terme tout en maintenant les ambitions climatiques.

Malgré des divergences profondes sur les stratégies énergétiques, plusieurs intérêts communs existent : contenir les prix du pétrole et du gaz, limiter les effets inflationnistes du choc énergétique et renforcer la sécurité des infrastructures critiques.

Dans ce contexte, le G7 pourrait se concentrer sur des mesures concrètes : coordination des réserves stratégiques, soutien aux infrastructures ukrainiennes, financement de projets énergétiques en Afrique et coopération sur les technologies propres.