Alors que les catastrophes naturelles augmentent en nombre et en intensité, leur couverture coûte moins cher en 2026. Philippe Trainar analyse ce paradoxe et les mécanismes qui l’expliquent.
Le nombre et l’intensité des catastrophes naturelles augmentent. Mais le prix de leur couverture par les assureurs et les réassureurs a diminué en 2026 et pourrait bien continuer à diminuer en 2027. Ce paradoxe est d’autant plus étonnant qu’il intervient alors que nous avons connu cet été une vague de chaleur et d’incendies d’une intensité unique dans l’histoire des deux derniers siècles… sans parler de la catastrophe au Népal.
Naturellement, certains politiques peu scrupuleux et les militants auto-proclamés experts ne se lassent pas de lancer imprécations et anathèmes à l’encontre des pouvoirs publics, l’élite si peu soucieuse des petites gens, et des assureurs, prédateurs si peu soucieux de leurs assurés. Mais qu’en savent-ils de ce qui peut bien expliquer ce paradoxe ? Probablement peu leur chaut. Ce paradoxe est cependant fort intéressant. Il illustre non seulement les limites de nos connaissances en matière de catastrophes climatiques, mais aussi les incertitudes encore plus grandes de nos connaissances sur les conséquences économiques du changement climatique. Beaucoup en parlent savamment mais peu ont l’expertise requise pour cela.
Distinguer le trend du cycle
En fait, comme en toutes choses, il faut bien distinguer le trend du cycle. Quand nous disons que le nombre et l’intensité des catastrophes climatiques augmentent, nous parlons du trend. Ce qui ne veut pas dire que cette augmentation est linéaire. Non seulement, elle pourrait connaître des non-linéarités, illustrées par le débat sur la translation du « Gulf Stream ». Mais elle connaît aussi des fluctuations cycliques fortes. Et ces fluctuations n’ont aucune raison d’être synchrones entre tous les types de catastrophes climatiques possibles (« flash flood », inondation, tempête, glissement de terrain, incendies…). En l’occurrence, les pertes liées aux catastrophes naturelles ont été plutôt circonscrites au cours des deux dernières années, voire sur plus longue période. Cela a permis au « ratio combiné » des assureurs (pertes/recettes) de diminuer.
À quoi il faut ajouter que la baisse du rendement du capital dans les autres secteurs a incité les investisseurs à redéployer leur capital, au moins temporairement. Notamment dans le cadre d’obligations catastrophes dont la durée, de l’intelligence artificielle et des data centers vers l’assurance et la réassurance, à des coûts plutôt avantageux pour ces derniers par rapport aux années précédentes.
Pourquoi le prix de la couverture baisse en 2026
Nous avons donc là les ingrédients qui permettent d’expliquer le paradoxe des prix de la couverture des catastrophes naturelles en 2026 et, selon toute vraisemblance, en 2027.
D’une part, le trend du coût de ces catastrophes est à la hausse. Il est donc naturel que le prix de la couverture de ces catastrophes augmente sur le long-terme, n’en déplaise aux politiques peu scrupuleux et aux militants auto-proclamés experts. À défaut, notamment si l’État intervenait pour empêcher cette hausse, il est clair que les assurés seraient incités à modifier leurs comportements et à négliger la prévention du risque. Tandis que les assureurs seraient incités à rationner leur offre de couverture pour préserver leur équilibre financier. Sauf subvention publique, le risque deviendrait progressivement inassurable.
D’autre part, la période actuelle correspond à un point bas du supercycle mondial du coût de la couverture des catastrophes naturelles. Sachant que cette couverture se négocie sur un marché mondial. Ce point bas résulte, comme nous l’avons vu, de la combinaison du niveau relativement bas des pertes induites par les catastrophes naturelles récentes ainsi que du niveau lui aussi relativement bas du coût du capital nécessaire pour garantir la solvabilité de ces couvertures.
Les limites de la régulation face à la complexité des risques
La situation actuelle nous renvoie non seulement à la complexité de la tarification des risques, qui résulte des décalages entre plusieurs marchés ainsi que des trends autour desquels ces marchés fluctuent, mais aussi à la nécessité de ne pas en tirer des conclusions hâtives en matière de régulation ou d’intervention de l’État. Sous peine de déstabiliser durablement ces marchés et de les empêcher de trouver un équilibre socialement optimal.