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L’économie, le dernier repère ?

Quelle drôle de question. Tout économiste aura tendance à répondre spontanément que sa discipline demeure essentielle à la compréhension de l’évolution du monde. Mais il ne s’agit sûrement pas d’un point final à la connaissance humaine. Comme chacun le sait, l’économie est un des rares domaines intellectuels qui porte deux noms. Soit l’on évoque l’économie politique, qui se rattache naturellement aux sciences sociales. Soit l’on parle de sciences économiques, qui se veulent rattachées aux sciences exactes. Quatre vérités s’imposent aujourd’hui.

Face aux prévisions incertaines

Depuis 2007-2008, les prévisions économiques sont souvent suspectes. Tout simplement parce que nous n’avons pas vu venir le choc financier massif qu’a représenté la crise des subprimes. Ensuite, le monde qui est en train d’apparaître remet fondamentalement en cause toutes les lois qui paraissaient s’imposer pour l’éternité. Notamment les bienfaits incontournables d’une mondialisation heureuse. Aussi, les inégalités constatées dans tous nos pays, notamment celles de patrimoines, ont remis en cause l’idée simple que la montée des classes moyennes s’imposerait définitivement. Et donc que nos sociétés pacifiées vivraient une croissance harmonieuse.

Trois chocs qui bouleversent nos perspectives

Enfin, nous sommes confrontés à trois chocs qui modifient toutes nos perspectives. Il s’agit bien évidemment du choc démographique, dont l’impact est très largement sous-estimé. Il transforme nos tensions en conflits intergénérationnels. Le deuxième concerne cette nouvelle exigence de lutte contre le réchauffement climatique. Le troisième choc, technologique, nous replonge dans cette interrogation permanente des économistes. Le progrès technique crée-t-il ou détruit-il des emplois ? Sans nier les difficultés que nous avons rencontrées, nous avons des réponses à ces questions.

L’ambition des Rencontres Économiques d’Aix-en-Provence

Cela sera la grande ambition des Rencontres Économiques d’Aix-en-Provence 2026. Arriver à utiliser tous nos résultats. En nous imposant, plus que nous l’avions fait par le passé, l’absolue nécessité d’associer d’autres sciences sociales. Il nous faut comprendre l’impact géopolitique sur la croissance mondiale. Il nous faut déterminer jusqu’où les inégalités de patrimoine peuvent aller sans miner nos sociétés par des conflits permanents. Il nous faut maintenir une croissance suffisante tout en décarbonant notre processus de production et de consommation.

Une économie essentielle pour le monde

Nous sommes loin d’être le dernier repère. Mais sans nul doute nos approches demeurent essentielles pour une évolution harmonieuse du monde. Nous savons qu’il nous faut développer des formes de multilatéralisme économique nouvelles. Mais nous serons un barrage à toute forme d’isolationnisme. Nous sommes conscients que le modèle social économique qui prévalait depuis la fin de la seconde guerre mondiale, baptisé improprement « Fordisme », a trouvé ses limites. Sans aucun doute, la croissance a permis l’émergence de très larges classes moyennes dans les pays émergents, mais demeurent des parties du monde à l’abandon.

Innover et rééquilibrer pour l’avenir

Nous sommes convaincus que l’innovation est au cœur de la croissance. Nous savons même mesurer les effets de l’investissement dans les nouvelles technologies. Mais il nous faut trouver et maintenir un équilibre entre offre et demande sur tous les marchés. Notamment celui du travail. En un mot, il va nous falloir réconcilier Keynes et Schumpeter, ce qui est un bel objectif. C’est dire si la réflexion économique doit rester centrale, surtout dans cette période d’inconnu. Mais les équilibres du monde dépassent très largement les simples flux économiques et financiers. Pour être plus précis, il nous faut peut-être abandonner le terme de repère pour employer celui d’exigence.

Nous savons qu’il nous faut développer des formes de multilatéralisme économique nouvelles, mais nous serons un barrage à toute forme d’isolationnisme.