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Pourquoi une contraction des capitaux internationaux serait catastrophique pour les États-Unis

Les États-Unis financent leur déficit extérieur grâce à l’afflux continu de capitaux internationaux. Si cette dynamique venait à s’interrompre, les conséquences pourraient être lourdes pour le Trésor américain, l’investissement et le développement de l’Intelligence artificielle, annonce Patrick Artus.

Le déficit extérieur (de la balance courante) des États-Unis a atteint 3,6 % du PIB (1 114 milliards de dollars) en 2025. Ce déficit extérieur a plusieurs causes : le déficit public très élevé (5,8 % du PIB), la faiblesse du taux d’épargne des ménages américains. S’y ajoute le niveau de l’investissement des entreprises. Ce dernier est particulièrement élevé en propriété industrielle (brevets, Recherche-Développement), en dépassant 7 % du PIB.

En 2026, le déficit extérieur des États-Unis ne se résorbera pas, avec les mêmes causes, même amplifiées. L’annulation des droits de douane par la Cour Suprême et la Cour de Commerce International va réduire les recettes fiscales. Les investissements liés au développement de l’Intelligence artificielle continuent à augmenter.

Le besoin qu’ont les États-Unis d’attirer des capitaux internationaux pour financer leur déficit d’épargne va donc encore s’accroître.

Des capitaux internationaux toujours attirés par les États-Unis

Pour l’instant, les capitaux internationaux continuent de se diriger vers les États-Unis. La détention de titres du Trésor américain par les non-résidents s’accroît. Elle est passée de 294 milliards de dollars entre mars 2025 et mars 2026. Les achats d’actions américaines par le reste du monde sont important. C’est également le cas pour les prêts aux entreprises américaines. De manière surprenante, la Chine prête massivement aux États-Unis. Elle le fait notamment pour le financement des infrastructures énergétiques, numériques, portuaires, ainsi qu’aux entreprises des Nouvelles Technologies.

Il est facile de comprendre pourquoi les États-Unis sont attrayants pour les capitaux internationaux. Le marché de la dette du Trésor est très liquide et le rendement des titres du Trésor est élevé (4,5 % pour les Treasuries à 10 ans). La rentabilité du capital des entreprises américaines est nettement plus élevée que celle des entreprises européennes, chinoises ou japonaises (17 % contre 10 %).

Les investisseurs sont attirés par les actions des sociétés technologiques américaines. D’abord, les actions des entreprises qui développent des modèles d’Intelligence Artificielle. Maintenant, les entreprises produisant des semi-conducteurs, des mémoires et des disques durs. Par exemple, le cours d’Intel sur le Nasdaq a augmenté de 191 % depuis le début de l’année 2026.

Les risques d’un arrêt des flux de capitaux

Mais il faut réaliser qu’une rupture de cet équilibre, où le capital et l’épargne des non-résidents sont attirés par les États-Unis, serait catastrophique pour le pays. Que se passerait-il si les capitaux internationaux ne se dirigeaient plus vers les États-Unis ?

Il apparaîtrait d’abord un problème de financement du Trésor américain. Cela susciterait une forte hausse des taux d’intérêt à long terme. Aujourd’hui, ils sont nettement inférieurs à la croissance nominale : 4,5 % pour le taux à 10 ans contre 6,0 % pour la croissance du PIB nominal au premier trimestre 2026. Cette hausse ferait reculer l’investissement et les indices boursiers.

Il apparaîtrait ensuite une difficulté à financer les investissements massifs nécessaires au déploiement de l’Intelligence artificielle (750 milliards de dollars en 2026). Il en résulterait un ralentissement de ce déploiement. Cela impliquerait une mise en cause du modèle très capitalistique des entreprises qui développent des modèles d’IA aux États-Unis.

Pourquoi un recul des capitaux reste peu probable

Quelles évolutions pourraient provoquer un recul des flux de capitaux internationaux vers les États-Unis ? Les capitaux chinois, qui se dirigent vers le financement du secteur privé et plus du secteur public, sont alimentés par l’excédent commercial considérable de la Chine. Celui-ci était de 1 189 milliards de dollars en 2025. La faiblesse de la demande intérieure en Chine lui impose un modèle de croissance tiré par les exportations. L’excédent commercial chinois se dirige naturellement vers les États-Unis, compte tenu de la rentabilité élevée du capital qui y est utilisé.

On pourrait penser, par contre, que les investisseurs japonais se détourneraient du marché des titres du Trésor des États-Unis. Ils en détiennent 1 200 milliards de dollars, en raison de la hausse des taux d’intérêt obligataires au Japon (presque 2,7 % à 10 ans). Effectivement, on voit une stabilisation de la détention de Treasuries par les Japonais, mais pas un recul. Enfin, l’attractivité de la Tech américaine est toujours très forte. Depuis la fin du mois de mars, l’indice Nasdaq Composite a progressé de 29 %. Ce chiffre montre bien cette forte attractivité.

Au pire, on peut imaginer une certaine tension sur le financement du Trésor américain, mais pas de difficulté de financement pour le secteur privé ni pour les entreprises américaines.