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Malgré le déblocage des exportations du pétrole du Golfe, pourquoi les prix du brut restent élevés ?

Malgré le retour des exportations de pétrole du Golfe à leur niveau d’avant-guerre, les prix du brut restent élevés. Insécurité des routes maritimes, stocks mondiaux en baisse et tensions sur le raffinage entretiennent la pression sur les marchés, explique Patrice Geoffron, co-président du Cercle des économistes.

Des volumes revenus, des routes précaires

Selon la société d’analyse Kpler, les exportations de brut du Golfe, hors Iran, ont retrouvé en septembre leur niveau d’avant-guerre. Les oléoducs saoudien et émirien acheminent environ 40 % du brut régional en contournant Ormuz. Le reste franchit le détroit, sous protection américaine, avant d’être souvent transbordé dans le golfe d’Oman. Mais ces routes restent exposées. L’oléoduc saoudien Est-Ouest a été mis à l’arrêt du 11 au 22 septembre après une attaque, les Houthis ont frappé l’aéroport de Riyad. Plus de vingt navires ont été attaqués depuis le début octobre. Téhéran revendique toujours le contrôle du détroit. Donald Trump a rejeté le 25 septembre une proposition iranienne de réouverture, sans exclure une reprise des frappes. Un baril qui circule sous escorte demeure vulnérable, soumis à une prime de risque géopolitique qui perdure.

Ces détours ont un coût. Kpler estime que la pénurie de pétroliers et les transbordements, aussi bien que la baisse des prix, pourrait dépendre autant du transport que de l’offre de brut.

Des stocks à reconstituer

Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), les stocks mondiaux ont reculé de plus de 500 millions de barils entre fin février et fin septembre. Conséquence, au cours de la semaine du 5 octobre, le Brent s’établissait en moyenne à 130 dollars sur le marché spot, contre 102 dollars pour le contrat de décembre. Cette différence mesure la valeur que des inventaires bas confèrent au baril immédiatement mobilisable. L’Asie absorbe, en outre, une bonne part du retour des barils qui reviennent sur le marché. Les raffineurs chinois, après une ponction record sur leurs stocks en septembre, accélèrent en effet leurs achats de brut du Moyen-Orient. Les importations indiennes ont quant à elles atteint le même mois un record de 5 millions de barils par jour.

Le goulot d’étranglement du raffinage

La capacité mondiale de raffinage a reculé d’environ 5 millions de barils par jour depuis janvier. En août, les pays du Golfe n’exportaient plus que 390 000 barils par jour de gazole. C’est à peine plus du quart de leur niveau d’avant-guerre, tandis que les frappes ukrainiennes contre les raffineries russes amputaient une autre source majeure d’approvisionnement. L’écart entre le prix du gazole et celui du brut dépassait 80 dollars par baril dès la fin août. Ces marges exceptionnelles poussent les raffineries du reste du monde à tourner à plein régime et à se disputer le brut disponible, si bien que la tension sur les produits remonte jusqu’au prix du baril. L’AIE estime que la pénurie de gazole pourrait durer jusqu’en 2027.

Trump, le G7 et le gazole russe

À l’approche des élections de mi-mandat, Donald Trump multiplie les initiatives contre la flambée du gazole. Sous la menace d’une interdiction des exportations américaines, le G7 a décidé le 2 octobre de mettre sur le marché jusqu’à 100 millions de barils de réserves en quatre mois, en priorité du gazole. Le 9 octobre, au titre d’un accord conclu avec Vladimir Poutine, Washington a autorisé jusqu’en avril 2027 le commerce du gazole russe. En contrepartie, la Russie s’est engagée à livrer immédiatement plus de 300 000 tonnes, avant le scrutin. Ces mesures ne détendront que très marginalement le marché des produits pétroliers. Elles ne sécurisent pas les routes d’approvisionnement. De plus, le déstockage creuse le déficit des inventaires, dont la reconstitution soutiendra la demande.

Une détente subordonnée à la sécurité des flux

Le consensus Bloomberg situe le Brent à 78 dollars en moyenne l’an prochain. Kpler anticipe aussi un reflux des marges de raffinage au quatrième trimestre. Elles resteraient toutefois au-dessus des moyennes saisonnières. Cette détente suppose néanmoins une sécurisation durable des voies d’exportation. Seul un règlement politique couvrant à la fois Ormuz et la mer Rouge pourrait le garantir. Pour l’investisseur, la forte inversion de la courbe à terme signale que les opérateurs anticipent la baisse sans pouvoir en fixer l’échéance.

Pour l’Europe, qui maintient son embargo sur le gazole russe, la crise rappelle que la substitution du pétrole russe par le brut du Golfe après 2022 a déplacé la dépendance plus qu’elle ne l’a réduite. La protection la plus durable contre ces chocs réside dans la baisse drastique de sa consommation de pétrole.