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Budget : juste un sparadrap ?

Alors que la France prépare son budget 2027, la hausse des taux d’intérêt et la faiblesse de la croissance compliquent le redressement des finances publiques. Pour Christian de Boissieu, les mesures annoncées ne répondent pas aux enjeux de long terme.

Le projet de budget présenté par le gouvernement relève de la tactique plus que de la stratégie. Il s’agit d’envoyer un message plutôt que de proposer une vision. Ce message, qui sera modifié par les débats parlementaires, se veut à portée quasi immédiate, mais sans aucune garantie d’efficacité.

Une dette publique fragilisée par la hausse des taux d’intérêt

La remontée rapide des taux d’intérêt payés par la France accentue l’effet boule de neige de la dette. Elle nous expose au scénario d’une crise financière susceptible d’intervenir avant même l’élection présidentielle. Les emprunts du Trésor français ont jusqu’à présent été sursouscrits. Mais le différentiel de taux d’intérêt avec nos partenaires européens s’élargit dangereusement, dans un contexte politique marqué par l’imbroglio budgétaire.

L’objectif de 5 % de déficit public pour 2027 est à la fois ambitieux au regard d’une croissance qui restera très molle, et peu ambitieux au vu des résultats de nos voisins et de nos engagements européens. Nous allons demeurer les très mauvais élèves de la classe pour le ratio de déficit public et pour le solde primaire, c’est-à-dire le solde hors charges d’intérêts. Les taux d’intérêt sont désormais nettement supérieurs au taux de croissance du PIB. Ils créent un emballement de la dette. Les agences de notation nous attendent au tournant.

Budget 2027 : consommation et investissement sous pression

Les dépenses publiques sont de plus en plus contraintes par les charges d’intérêt de la dette, les dépenses militaires, la facture des retraites et celles de la transition écologique. Mais les dépenses privées le sont aussi. Déjà découragée par l’inflation et la perte de pouvoir d’achat, la consommation devrait être un peu plus rognée par le budget 2027. Les mesures prévues comprennent la non-indexation de la plupart des retraites, le gel du point de la fonction publique, l’augmentation de certains impôts et la réduction de niches fiscales. Ces dernières équivalent, faut-il le rappeler, à des augmentations d’impôts.

Les Français vont-ils puiser dans leur taux d’épargne, encore proche de 18 % en moyenne, pour financer la consommation incompressible ? Quelles seront les conséquences sur les conditions de l’ajustement épargne-investissement ? Qu’en sera-t-il de l’investissement ? Les quelques messages destinés à suggérer que la politique de l’offre n’est pas totalement sacrifiée sont surcompensés par d’autres mesures restrictives. Tout cela deviendra presque secondaire si les taux longs payés par l’État continuent de se détériorer. Ces taux conditionnent le coût du capital pour les entreprises, ainsi que les taux des crédits immobiliers pour les ménages. L’ajustement budgétaire est par ailleurs inévitable. Mais ses effets récessifs, liés à son impact sur la consommation et l’investissement, ne sauraient être négligés.

L’efficacité des dépenses publiques toujours en suspens

Malgré les économies envisagées ici ou là, les dépenses publiques devraient globalement continuer à croître en valeur nominale en 2027. La problématique de l’efficacité des dépenses publiques, toujours évoquée mais jamais vraiment amorcée, attendra encore. Elle attend depuis trente ans. Au mieux, elle sera ouverte après la présidentielle, à condition que les petits calculs du court terme soient enfin replacés dans une stratégie budgétaire à moyen terme.

Une certitude demeure dans ce monde croulant sous les aléas. Les sombres perspectives de notre dette publique et de nos finances publiques et sociales feront que la France sera, pendant des années, fort mal placée pour proposer à ses partenaires européens de nouvelles mutualisations de dettes à l’échelle communautaire.