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Vive le progrès !

Nous nous étions fixés une mission pour ces 26es Rencontres Économiques d’Aix-en-Provence : faire en sorte que le débat présidentiel, à peine ouvert, respecte et intègre les exigences des Français. À travers les propositions issues des 90 débats, leurs auteurs défendent une vision du progrès fondée sur la jeunesse, l’innovation et une Europe plus agile, afin de redonner à chacun la capacité de construire son avenir.

Notre époque fait face à une conjonction inédite de bouleversements qui nourrit les peurs et les radicalités. Si tant de citoyens veulent aujourd’hui renverser le système, c’est que les trajectoires individuelles sont figées dès le départ. Le libre choix de sa voie reste le privilège de quelques-uns, tandis que les déterminismes pèsent tout au long de la vie pour la plupart. Face à cette impasse, la demi-mesure n’est plus une option. Il nous faut changer de paradigme.

C’est tout le sens des propositions formulées à l’issue des 90 débats. Elles tracent une ambition forte : donner à chacun la capacité d’être maître de son destin.

Faire de la jeunesse le moteur du renouveau

Le premier pilier de ce sursaut est générationnel. Un pays où la jeunesse voit l’avenir comme une impasse ne peut pas aller bien. Pour lui donner l’impulsion nécessaire à son indépendance, nous proposons la création d’une dotation « Top départ » : un capital d’investissement de 10 000 euros versé à chaque jeune à sa majorité, intégralement financé par un « +1 % Jeunes » sur la fiscalité de l’héritage.

Parallèlement, nous devons signer un pacte national pour réamarrer les jeunes sortis du système. Chaque candidat à l’élection présidentielle s’engagerait sur une trajectoire financière de cinq ans afin de réduire drastiquement le nombre de NEET, grâce à une logique d’anticipation dès l’école primaire. Ce combat passe aussi par le décloisonnement des filières d’enseignement pour corriger les trajectoires scolaires. Il suppose également une refonte du CESE, transformé en « chambre du futur », avec un quota de 50 % de membres âgés de moins de 35 ans.

Une Europe plus agile pour investir dans l’avenir

Ce changement de modèle vaut aussi pour l’Europe et le monde, alors que le multilatéralisme se meurt. À l’heure du retour des empires, faisons de la « puissance des moins puissants », décrite par Mark Carney, une réalité. Cessons de voir l’Europe comme une bureaucratie distante pour en faire un espace de coopérations ciblées. C’est l’Europe des génies nationaux, où chaque État membre devient le pays référent d’une filière stratégique d’avenir, à l’image de la France pour le nucléaire ou des Pays-Bas pour les semi-conducteurs.

Pour briser le piège du passage à l’échelle qui étouffe nos start-ups, un nouveau label PILOT doit combiner bourses de R&D et accès prioritaire au crédit. Il servirait de signal fort pour le capital privé.

Cette Europe agile doit aussi généraliser la mobilité des filières techniques grâce à un Erasmus des savoir-faire. Elle doit s’autoriser des coalitions de volontaires sans attendre l’unanimité des 27. Enfin, elle doit initier une grande conférence économique Nord-Sud afin d’intégrer le Sud global et de soutenir l’investissement en Afrique.

Planifier le progrès par la science et l’innovation

Le progrès ne se décrète pas, il se planifie. L’Europe souffre d’un sous-investissement technologique structurel. Son épargne, détenue par une population vieillissante, reste très averse au risque. Il est urgent de mobiliser cette ressource en conditionnant les avantages fiscaux de l’assurance-vie à la tech souveraine, tout en garantissant publiquement les investissements dans les grands projets.

Ce courage financier exige aussi un réarmement scientifique. Pour corriger les effets de la réforme du baccalauréat, qui a éloigné les lycéens, et surtout les lycéennes, des sciences, les mathématiques doivent réintégrer le socle commun jusqu’en terminale. Pour les adultes, le modèle danois doit nous inspirer grâce à un « congé Réflexion carrière » tous les dix ans, afin de garantir le droit à la réorientation.

Enfin, il nous faut réhabiliter le Plan au service du plus grand chantier des prochaines générations. Le Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan se verrait confier la compétence de la planification écologique, en lien avec les territoires via le Fonds vert.

Au fond, le message porté par ces propositions, nourries par les idées des 480 intervenants des dernières Rencontres Économiques d’Aix-en-Provence, pourrait se résumer ainsi : nous croyons au progrès.