— Actualité

— Finance

— Macroéconomie & Politiques publiques

Un budget pour 2026 et 2027

Que prévoir du budget 2026-2027 en France ? Pour Alain Trannoy, l’analyse doit tenir compte du compromis politique, des échéances électorales, mais aussi des défis structurels que posent les retraites et la santé.

Bien sûr, les bonnes âmes peuvent se lamenter que le budget soit loin des ambitions de départ en termes de réduction du déficit. Le déficit va être réduit de 0,4 point de PIB au lieu de 0,8 point dans le projet présenté par François Bayrou en septembre. Mais qu’il plaise ou non aux entreprises et aux économistes, ce sont les représentants du peuple qui votent le budget et les impôts dans une démocratie. Le budget de l’État, non censuré par le 49.3, était le seul possible compte tenu de l’équilibre des forces politiques à l’Assemblée.

La stabilité politique au cœur du budget 2026-2027

Selon nous, les entreprises peuvent se réjouir, car la France entre enfin dans une période de stabilité politique. Le même gouvernement restera jusqu’à la présidentielle de 2027, sans retour devant les urnes. La même « coalition d’intérêts », de LR aux socialistes en passant par les groupes centraux et le groupe LIOT, est majoritaire à l’Assemblée. Les entreprises et les investisseurs peuvent donc tabler sur un budget 2027 dans le prolongement de celui de 2026. Il sera sans doute négocié dans de meilleures conditions que cette année et dans un climat plus apaisé.

Les marchés ne se sont d’ailleurs pas trompés. L’écart de taux avec l’Allemagne est revenu à son niveau de juin 2024 avant la dissolution, 60 points de base. Pangloss remarquera également que d’un mal peut sortir un bien, au moins à court terme. Les impôts sur les ménages n’augmentent pas et il n’y a pas de réduction des dépenses sociales. Le revenu disponible des ménages reste donc stable, un élément positif pour la consommation. En revanche, les grandes entreprises ne doivent pas se faire d’illusion. La surtaxe sur leurs profits restera inscrite au budget de 2027.

Échéances électorales et arbitrages budgétaires

La France politique va pouvoir se concentrer sur les échéances électorales majeures. Les municipales arrivent cette année, suivies des présidentielles et des législatives. Les partis ont pratiqué l’évitement : ni augmentation des impôts, ni réduction des dépenses, à cause de ces échéances. Deux sujets doivent recevoir des propositions claires de la part de tous les partis ou candidats : les retraites et la santé. Sinon, la France sera étranglée par le nœud coulant de la dette. Le monde des affaires peut y aider.

Il faut se rendre à l’évidence. Le système par répartition n’est pas viable, surtout avec la baisse de la natalité. Les Français refusent de comprendre l’arbitrage entre le niveau des pensions et la durée de cotisation. Ils veulent garder un haut taux de remplacement et partir tôt. La démographie et l’absence de gains notables de productivité rendent cette aspiration irréaliste. Le système par répartition ne peut être sauvé que si chacun choisit son âge de départ selon ses préférences, dans un choix à la carte, comme le système par points que la CFDT ne rejette pas. Une dose de capitalisation doit également être introduite.

Santé et innovation technologique

Un autre secteur demande une vision renouvelée pour sortir de l’impasse actuelle. Les dépenses de santé progressent à un rythme élevé, portées par le vieillissement de la population, huit milliards de plus par an. L’IA peut contribuer à la solution, par exemple en favorisant une activation beaucoup plus importante de l’espace santé dans un environnement plus ergonomique. Comment expliquer que les téléconsultations ne représentent que 4 % en France, contre 25 % en Suède et 22 % en Espagne ? Nous avons un champion de l’introduction des nouvelles technologies de l’information dans le secteur de la santé, Doctolib. Envisageons un partenariat public-privé pour l’introduction de l’IA dans ce secteur. Le secteur public reste à la peine dans l’informatisation car il refuse de payer les informaticiens au prix du marché.