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Il faut augmenter les dépenses publiques d’éducation pour réduire la dette de demain

Pour Elise Huillery, les dépenses publiques d’éducation constituent un investissement essentiel. Elles peuvent contribuer à réduire durablement le déficit et la dette, en soutenant l’emploi, la productivité et les recettes fiscales.

Face à une dette publique atteignant 116 % du PIB fin 2025 et à un déficit attendu autour de 5 % du PIB en 2026, la dépense publique doit plus que jamais être justifiée. La tentation est grande de la réduire. La France figure en effet parmi les pays de l’OCDE où les prélèvements obligatoires sont les plus élevés. Pourtant, la comparaison internationale invite à la nuance. Les pays affichant des niveaux de prélèvements comparables, comme le Danemark, la Suède ou la Finlande, figurent aussi parmi ceux où les performances économiques et sociales sont les meilleures.

De fait, réduire le déficit et la dette n’implique pas nécessairement de diminuer les dépenses publiques. Il est également possible d’augmenter les recettes. Selon l’Insee, les baisses de prélèvements obligatoires intervenues depuis 2017 représentent un manque à gagner d’environ 60 milliards d’euros par an pour les administrations publiques. Sans ces mesures, le déficit actuel serait inférieur à 3 % du PIB, soit conforme à la règle européenne.

L’efficacité des dépenses publiques est au cœur du débat

La question centrale est donc celle de l’efficacité des dépenses et des prélèvements. Certaines dépenses peuvent être discutées. Mais beaucoup répondent à des besoins essentiels. Les services publics financent l’éducation, la santé, la justice, les infrastructures, la protection sociale ou encore les aides destinées à lutter contre la pauvreté. Ces besoins ne disparaîtraient pas avec une baisse de la dépense publique. Ils seraient simplement financés de manière plus individuelle, plus inégalitaire, et pas nécessairement plus efficace.

En effet, l’idée selon laquelle des dépenses privées seraient systématiquement plus efficaces que des dépenses publiques ne repose pas sur un constat scientifique général. L’éducation en offre une bonne illustration. Malgré l’essor de l’enseignement privé, les recherches disponibles ne montrent pas de supériorité systématique du privé sur le public en matière d’apprentissage. À niveau social et scolaire égal à l’entrée en CP et en 6ème, les élèves scolarisés dans le secteur public obtiennent les mêmes résultats aux évaluations nationales que ceux du privé.

Par ailleurs, un financement majoritairement privé de l’enseignement supérieur a montré des dérives considérables. La recherche de profit se fait au détriment de la qualité des formations. Elle contraindrait aussi de nombreux jeunes à renoncer aux études faute de pouvoir s’endetter.

Les dépenses publiques d’éducation sont un investissement productif

Or l’éducation n’est pas une simple dépense de fonctionnement. C’est un investissement productif. Elle accroît les qualifications, soutient l’innovation, améliore l’emploi et favorise la cohésion sociale. De nombreux travaux en économie montrent que les bénéfices collectifs de l’investissement éducatif dépassent largement son coût initial. Les retombées se traduisent par une productivité plus élevée et davantage de recettes fiscales. Elles permettent aussi, à long terme, des économies dans d’autres domaines de l’action publique comme la justice et la santé. Les évaluations d’impact montrent d’ailleurs que de nombreux dispositifs éducatifs génèrent pour l’État des recettes futures supérieures à leur coût de départ.

Actuellement, la France consacre, du primaire au supérieur, un budget par élève 20 % inférieur aux autres pays européens. Ce déficit d’investissement va creuser l’écart d’emploi et de productivité entre la France et les autres grandes économies mondiales. Il va aussi aggraver l’endettement public en privant l’État d’importantes recettes fiscales. La réduction durable de la dette publique ne passe donc pas par une compression généralisée de la dépense. Elle passe par une augmentation des ressources publiques pour financer l’éducation.

Augmenter les dépenses publiques d’éducation pour réduire la dette

Cela suppose de prélever davantage là où les effets économiques sont les plus faibles. Il s’agit des ménages les plus riches et des multinationales dont l’accumulation de richesses n’a pas l’effet d’entraînement espéré. Cela concerne aussi les niches fiscales ayant eu un effet très limité sur l’emploi, comme le CIR. Il en va de même pour les allègements de cotisations sociales dont l’efficacité n’a pas été démontrée au-delà d’un certain niveau de salaire. Il faut, en parallèle, investir davantage dans les domaines où la dépense publique produit des rendements élevés pour la collectivité.

L’éducation est de ceux-là. Augmenter la dépense publique pour l’éducation est donc une manière de réduire durablement le déficit et la dette publics.