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Taux d’intérêt négatifs : une solution pour casser la spirale de la déflation et de la croissance molle dans la zone euro ?

8316f4e4f7e8c43267317a70a4afae17-627x367Le recours aux taux d’intérêts négatifs est de plus en plus utilisé par les banques centrales. Ces dernières procèdent à un prélèvement sur les liquidités déposées par les banques commerciales à défaut de rémunérer leurs dépôts. Selon André Cartapanis, ce système présenté comme une botte secrète ne saurait suffire pour sortir la zone euro de l’ornière, bien au contraire.

2016 ne sera pas l’année de la sortie de crise pour la zone euro. La croissance annoncée pour 2016 et 2017 est de 1,7%. Le taux de chômage est en légère amélioration mais il reste encore nettement supérieur à 10% de la population active, soit plus de 16,7 millions de chômeurs. Quant au taux d’inflation, en légère hausse, il s’est établi à 0,4% en janvier 2016, en taux annuel, très loin de la cible de 2% visée par la BCE.

Certes, cela s’explique en partie par la baisse des prix de l’énergie, mais l’inflation sous-jacente, hors énergie et produits alimentaires, évolue à un rythme annuel de l’ordre de 1% seulement. Pour la BCE, tout doit donc être fait pour relancer l’inflation et soutenir l’activité. Sa politique monétaire non conventionnelle, sous la forme d’injections massives de liquidités par rachats de titres, à ce jour, n’a pas produit les effets attendus. D’où l’apparition d’une nouvelle panacée : des taux d’intérêt négatifs.

C’est déjà le cas, depuis juin 2014, pour les excédents de liquidité à très court terme des banques et cela s’est propagé vers les taux longs dans la zone euro puisque plus de 30% des obligations s’échangent aujourd’hui à des taux négatifs. Il s’agirait de retrouver un nouvel équilibre épargne-investissement plus favorable à la croissance en incitant les agents économiques, les banques en premier lieu, à ne pas laisser dormir leurs liquidités, à relancer la dynamique du crédit afin d’alimenter la hausse des prix en poussant les ménages et les entreprises à consommer et à investir. Car la zone euro est en excès d’épargne, dont témoignent les excédents de balance des paiements courants vis à vis du reste du monde, de l’ordre de 310 milliards d’euros en 2015.

Est-ce là une solution pour casser la spirale du risque de déflation et de croissance molle dans la zone euro ? Il est permis d’en douter. D’abord parce que cette politique n’a pas réussi dans les pays où les taux négatifs ont été pratiqués (Danemark, Japon, Suède, Suisse). Ensuite, parce que dans un contexte de désendettement pour de nombreux agents surendettés, les taux négatifs ont toutes les chances d’alimenter la restructuration de leur dette passée plutôt que de provoquer de nouveaux appels au crédit. Enfin, parce que des taux d’intérêt négatifs pourraient bien accentuer les effets pervers des politiques monétaires non conventionnelles en favorisant plus encore l’acquisition d’actifs financiers, et donc en créant des bulles.

La politique monétaire ne peut pas répondre, à elle seule, aux difficultés de sortie de crise de la zone euro. Si, malgré des taux directeurs proches de zéro et des taux d’intérêt négatifs sur certaines opérations financières, les anticipations d’inflation ne repartent pas à la hausse, alors il ne reste que la politique budgétaire, à l’échelle de la zone euro tout entière, pour créer un choc de demande, tout en prenant des engagements fermes sur le sentier de réduction future de l’endettement public quand la croissance sera là.

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