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Allemagne : faut-il être optimiste ou pessimiste ?

Ambiguïtés. Enlisée dans le dossier très sensible de sa politique menée envers les migrants, la chancelière allemande Angela Merkel doit faire face, dans le même temps, à la situation inconfortable de l’économie de son pays. Selon Patrick Artus, « les dernières statistiques conjoncturelles outre-Rhin sont ambiguës. La demande des ménages et la production sont fortes mais l’investissement et la constitution de capacités de productions sont faibles ». L’Allemagne bénéficie aujourd’hui d’un soutien considérable à la demande intérieure, avec notamment la hausse rapide des salaires réels, et les taux d’intérêt très bas. Mais le pays connaît de sérieux handicaps structurels.

Quel facteur va l’emporter ? Le soutien de la demande intérieure va-t-il plus que compenser les problèmes d’offre et de stratégie de croissance ? « Pour l’instant, nous venons de le voir, les données conjoncturelles restent ambiguës. Les perspectives de production sont assez bonnes mais restent orientées à la baisse depuis l’été 2015. Les perspectives d’emplois sont bonnes mais celles concernant les investissements se dégradent. Le crédit aux ménages accélère mais ceux aux entreprises stagnent », insiste Patrick Artus. Avec son intégration dans l’économie mondiale, le modèle de croissance allemand était basé sur l’évolution rapide des exportations. Mais aujourd’hui le commerce mondial ralentit fortement, notamment avec les problèmes de la Chine et des grands pays émergents. Les cartes sont rebattues.

Optimisme ou pessimisme ? Difficile de se prononcer dans l’état actuel de la situation, si ce n’est invoquer la détermination et la capacité des allemands à redresser la tête et tenir bon dans les turbulences, fussent-elles violentes. Selon le directeur de la Recherche de Natixis, « à court terme, le salut de Berlin viendra d’un important soutien de la demande intérieure ». Et l’économiste de citer l’immigration comme viatique efficace. On attend 1,5 millions d’immigrants cette année en Allemagne, soit un flux migratoire beaucoup plus important que prévu. Pour Patrick Artus, « certes, cela va entraîner un supplément de dépenses publiques, mais Berlin va en profiter pour pourvoir les emplois vacants en raison du vieillissement de la population ». Bon nombre d’économistes et de politiques en sont convaincus. Pas l’opinion publique. Faire de la pédagogie pour expliquer l’incontournable, c’est désormais l’un des principaux challenges pour Angela Merkel.

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