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Déclaration finale du Cercle des économistes 2015

Rencontres-Eco-Aix2015-D.Finale

Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des économistes, présente la Déclaration finale à l’issue des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence 2015

 

La Déclaration Finale des Rencontres Économiques d’Aix en Provence a été présentée en clôture de l’événement, le dimanche 5 juillet 2015, par Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des Économistes. Ce document présente une pensée commune des Économistes du Cercle, il est inspiré de leurs travaux préalables et des idées fortes qui sont ressorties des Rencontres Économiques d’Aix en Provence 2015. Le texte propose donc des éléments de réponse à la problématique de l’édition 2015 « Et si le Travail était la solution? », en évoquant toutes les facettes de ce sujet, mises en lumières par les sessions et débats de l’événement. Afin de se tourner vers l’avenir, et de proposer une vision plus active et optimiste qu’un simple constat, 12 propositions visant à répondre aux enjeux soulevés sont exposées. Le Cercle des Économistes concentre les propositions de cette année sur les dimensions européennes et françaises, mais aborde des thématiques transposables dans le monde entier.

La Déclaration Finale est avant tout une ouverture au débat économique autour de sujets qui semblent cruciaux au Cercle des Économistes.


Et si le travail était la solution ?

12 mesures pour réhabiliter le travail

15e Rencontres Économiques d’Aix-en-Provence

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À l’heure où, dans le monde, à peine 3 milliards de personnes ont une activité salariée ou indépendante, sur 5 milliards en âge de travailler, il peut sembler provocateur de vanter les mérites du travail. Pourtant, s’il met à profit les gains de productivité, le travail est essentiel pour surmonter les tensions politiques, identitaires et sociales. Les chocs technologiques, démographiques et environnementaux, forcent le travail à évoluer pour demeurer facteur de progrès matériel, d’épanouissement individuel, de construction du lien social. Les bouleversements conjoints de la robotisation, du big data, et de l’économie collaborative, bouleversent souvent notre rapport au travail, mais l’Europe et la France, loin de l’attitude craintive qui prévaut trop souvent, doivent apprendre à les percevoir comme des développements bienvenus, facteurs de richesses et de nouvelles opportunités d’emplois.

D’ici deux décennies, il faudra absorber chaque année 40 millions de nouveaux entrants sur le marché du travail, satisfaire les besoins élémentaires d’une population de 9 milliards d’individus, et tirer parti des migrations, aujourd’hui souvent perçues comme des dangers. En Europe, plutôt qu’une approche exclusivement financière, un marché du travail unifié doit être le cœur du projet politique, et compléter, via l’apprentissage, la mobilité, et la protection, les marchés uniques des biens et des capitaux. Il faut construire une protection sociale européenne adaptée à l’ère du numérique et des mobilités.

Enfin, il y a l’urgence française, celle du drame du chômage et du sous-emploi. Nos mentalités doivent s’adapter à la polarisation technologique et à la mondialisation. Nous voulons affirmer le respect dû à tous les métiers, et entrer dans le paradigme de la seconde chance, au-delà de l’apprentissage et de la formation professionnelle. Les sujets du contrat, du code du travail ou de son coût, doivent être évoqués. Face à des parcours désormais multiples, valorisons l’initiative individuelle, repensons la protection sociale, et retrouvons un dialogue représentatif dans l’entreprise.

12 mesures pour réhabiliter le travail

  1. Encourager la mobilité du travail intra-européenne

Pour unifier le marché du travail en Europe, nous souhaitons la reconnaissance des qualifications, et les aides à la mobilité pour les professions intermédiaires. Les Agences nationales pour l’emploi doivent promouvoir les emplois vacants en Europe, et améliorer l’accueil des travailleurs mobiles.

  1. Assurer la portabilité des droits dans l’Union, et créer une assurance-chômage commune

La prochaine étape de la construction européenne, c’est d’étendre à tous la portabilité de la protection sociale, notamment aux non-salariés. À terme, la mutualisation partielle du risque économique, via une assurance-chômage commune en zone euro, viendrait compléter les dispositifs nationaux.

  1. Faire de l’apprentissage pour les moins éduqués un grand projet européen

Nous soutenons le projet Erasmus Pro, qui pour un coût de 5 milliards d’euros, dérisoire au vu de l’enjeu, permettrait d’atteindre dans toute l’Europe, avec un million de participants d’ici 2020, les taux d’apprentissage élevés obtenus dans certains pays, en ciblant les élèves les moins formés.

  1. Construire le marché unique du numérique, pour une Europe technologique pionnière

Construire un véritable marché unique du numérique, et faire émerger un écosystème européen de l’innovation, passe par la convergence des conditions d’exercice des entreprises du secteur. Une autorité européenne de régulation des télécoms réduirait la fragmentation du marché, et permettrait la naissance de géants européens capables de rivaliser avec les GAFA.

  1. Coordonner les politiques migratoires en Europe

Au-delà de la tragédie des personnes migrantes en Méditerranée, qui requiert une approche commune, l’Europe gagnerait à ne plus considérer les migrants économiques comme un coût. Pour attirer les plus qualifiés, il faut pérenniser les parcours étudiants, et instaurer des titres de séjour pour les entrepreneurs. Pour les moins qualifiés, il faut faciliter leur intégration, notamment l’accès au logement.

  1. Concentrer les allègements de charges sur les bas salaires pour relancer l’emploi peu qualifié

Il faut réduire le coût du travail des bas salaires en reprofilant les allègements de charge du Pacte de Responsabilité, pour supprimer les cotisations patronales restantes au niveau du SMIC. S’agissant des plus qualifiés, il faut revoir le mode de détermination des salaires, en favorisant des accords d’entreprise qui tiennent compte de façon fine de l’environnement économique.

  1. Garantir pouvoir d’achat et incitations à l’emploi par un revenu socle repensé

Pour garantir une incitation claire au retour à l’emploi, nous recommandons de fusionner les Aides Personnelles au Logement, le RSA, et la prime d’activité. Ce filet de sécurité, sanctuarisé et revalorisé chaque année, est un meilleur instrument de redistribution que le salaire minimum, qui serait désindexé jusqu’à la baisse du chômage sous un seuil acceptable.

  1. Créer un contrat de travail progressif et protecteur, pour lutter contre la dualité du marché

Pour trouver un meilleur équilibre entre facilité d’insertion, et prévisibilité du contrat pour accéder au logement et au crédit, nous privilégions un contrat progressif, aux droits croissants avec l’ancienneté, et la suppression de la « cause sérieuse » de licenciement économique. En contrepartie, un bonus-malus de cotisations-chômage responsabiliserait les entreprises selon leur impact net sur les comptes sociaux.

  1. Libéraliser les marchés de biens et services capables de créer rapidement de l’emploi

Nous pouvons créer massivement des emplois, en ouvrant des professions rendues accessibles par le développement de la technologie. Généraliser le contrat de projet ou faciliter le recours au temps partiel sont d’autres pistes, tout comme un plan massif en faveur de la construction, qui implique d’accroître le foncier disponible, de baisser les droits de mutation, et de réformer le marché locatif.

  1. Structurer le marché de la formation professionnelle: un droit pour chacun à une 2e chance

Il faut faire de la formation professionnelle une véritable fabrique de la deuxième chance, en individualisant le choix de formation et en assurant la portabilité des droits. Le Compte Personnel de Formation, abondé de façon inversement proportionnelle au diplôme, serait utilisé directement par les bénéficiaires, auprès de prestataires certifiés de façon indépendante.

  1. Donner un rôle central à l’accord collectif en assurant la représentativité du dialogue social

Nous souhaitons que l’État se limite à fixer les normes fondamentales, mais que des accords négociés dans l’entreprise ou la branche puissent moduler les règles applicables. Ce rôle accru des représentants du personnel suppose, afin d’améliorer la diversité de la représentation, que chaque employé, sans condition d’appartenance à un syndicat, puisse se présenter aux élections professionnelles.

  1. Construire la protection sociale des nouvelles formes d’emploi à l’ère du numérique

Libérer l’initiative entrepreneuriale, à l’ère du numérique et de l’économie collaborative, passe par le relèvement des seuils de chiffre d’affaires des auto-entrepreneurs, tout en évitant le salariat dissimulé. Il faut adapter notre contrat social à la croissance du statut d’indépendant, en refondant un régime de sécurité sociale des indépendants, qui financerait séparément une sécurité sociale de base, et obéirait à des règles de recouvrement strictes.

 

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