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Pourquoi une hausse des tarifs d’assurance ?

Frais bancaires, complémentaires santé, assurances… La question se pose chaque fin d’année : quels tarifs vont augmenter au début de l’année suivante ? Pour 2017, de premiers échos évoquent clairement une hausse des primes d’assurance. Philippe Trainar passe en revue les facteurs qui plaident en ce sens.

La presse s’est récemment fait l‘écho de la remontée des tarifs d’assurance non-vie. Il faut prendre toutefois garde au fait que les situations des compagnies d’assurance sont très hétérogènes, et qu’elles ne justifient pas toutes une hausse des tarifs, certainement pas de même ampleur.

Une fois cette précaution admise, demandons-nous pourquoi les tarifs d’assurance non-vie sont aujourd’hui orientés à la hausse. Pour qu’il y ait hausse tarifaire générale sur le marché, il faut que l’une des quatre conditions suivantes soit présente.

Une contraction des capacités : une telle contraction peut résulter soit d’une sinistralité importante qui a entamé le capital du marché, soit d’un accroissement des exigences en capital suite à une modification de la réglementation prudentielle, comme c’est le cas en assurance non-vie avec Solvabilité II. Dans les deux cas, les assureurs ne peuvent maintenir leur souscription que moyennant un accroissement de leur capital qui doit, d’une façon ou d’une autre, être financé par des profits supplémentaires, donc par des tarifs plus élevés.

Une hausse générale de la demande d’assurance : les assureurs, s’ils veulent respecter les exigences de solvabilité imposées par la loi, ne peuvent souscrire ces nouveaux risques qu’en proportion de leur capital disponible, ce qui suppose soit qu’ils disposent de capital excédentaire, soit qu’ils augmentent leur capital. Dans cette dernière hypothèse, il leur faut générer les profits supplémentaires qui leur permettront de financer cette augmentation de capital. Pour cela, ils doivent relever les tarifs.

Une hausse de la sinistralité : si la sinistralité dérive significativement et durablement par rapport à ce qui était anticipé dans les contrats d’assurance, il est normal que les conditions des nouveaux contrats en tiennent compte, et que leurs tarifs soient révisés à la hausse. C’est le cas actuellement : les accidents de la route sont en hausse, le coût des dommages corporels galopent du fait des décisions de justice, le coût des pièces auto détachées augmente, les catastrophes naturelles causent des dommages croissants, les cambriolages sont en hausse, les rémunérations des professions de santé augmentent, les soins médicaux aussi, la loi Hamon accroît les coûts fixes…

La réduction des rémunérations financières : le financement des risques longs est assuré non seulement par les cotisations d’assurance mais aussi par la rémunération de ces cotisations lorsqu’elles sont investies. On observe historiquement une compensation entre ces deux rémunérations… sauf sur la période récente où elles ont baissé en même temps du fait de la crise économique et financière. Tant que les taux d’intérêt seront bas, voire négatifs, il demeurera donc une forte pression à la revalorisation des tarifs techniques qui ne tarde à se concrétiser qu’en raison de la persistance de la crise.

On le voit, beaucoup de facteurs poussent à la hausse des tarifs d’assurance non-vie aujourd’hui : la faiblesse des taux d’intérêt, les exigences accrues en capital liées à l’entrée en vigueur de « Solvabilité II », la dérive de la sinistralité automobile, la multiplication des nouveaux risques comme le cyber-risque et le risque environnemental, la dérive des indemnisations en responsabilité civile et la loi Hamon. En face, seule la concentration du secteur, et les bénéfices de diversification qu’elle procure, joue dans le sens de la modération. Autant dire que la balance penche sévèrement du côté de la hausse des tarifs.

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