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Vers un hard brexit dommageable pour tout le monde

La première ministre britannique, Teresa May, s’y est engagée : le processus officiel de sortie du Royaume-Uni de l’Europe sera enclenché avant la fin du mois de mars. Outre la dévaluation de la livre sterling déjà en cours, Philippe Trainar recense une série d’autres conséquences, jusqu’à la redistribution des cartes dans l’économie internationale.

Le Royaume-Uni a voté en faveur du « leave » par 52% contre 48%, ouvrant une période de grande incertitude économique et financière pour le pays. Contrairement aux électeurs, les experts ne voient guère les bénéfices économiques que le Royaume-Uni pourrait tirer du brexit. Les pertes économiques et financières sont potentiellement beaucoup plus importantes pour le Royaume-Uni que pour le reste de l’Union Européenne. En revanche, les pertes politiques sont probablement plus importantes pour les continentaux dont le projet européen est décrédibilisé et déstabilisé. Il est symptomatique que la plupart des candidats à l’élection présidentielle soient ou ouvertement opposés au projet européen ou sceptiques et, autant que possible, silencieux sur l’Europe et ses défis.

Il est de plus en plus clair que le brexit sera un « hard brexit » car un soft brexit ne satisfait aucune des contraintes politiques qui ont conduit au succès du « leave », notamment la fin du financement du budget européen, la fin de la libre circulation des personnes au sein de l’Europe et la remise en cause des principales régulations européennes. Un « hard brexit » s’analyse en un accroissement des barrières à l’accès, des biens et services britanniques, aux marchés européens, et aux marchés avec lesquels l’Europe a négocié des accords commerciaux plus favorables que les règles internationales en vigueur.

Ses conséquences se résument à une perte de 3 à 6% du PIB pour le Royaume-Uni et de 0,3 à 0,6% pour l’Europe continentale. La situation la plus coûteuse pour le Royaume-Uni correspond à la situation la moins coûteuse pour l’Europe continentale et inversement. La différence entre les deux scénarios dépend de la politique économique qui sera suivie. Si la politique monétaire britannique est suffisamment accommodante pour induire une dépréciation suffisamment forte de la livre, et si la politique budgétaire est elle-même suffisamment accommodante pour abaisser agressivement le taux d’imposition de l’IS, et plus largement des entreprises et du capital, alors le Royaume-Uni détournera à son profit une masse importante d’investissements directs et c’est le scénario le moins coûteux pour le Royaume-Uni et le plus coûteux pour l’Europe qui se réalisera.

Dans tous les cas de figure, le secteur financier britannique restera le grand perdant du brexit au profit de l’Europe continentale… ce qui ne veut pas dire que la France y gagnera dans la mesure où sa fiscalité, et ses lois sociales, y sont très peu attractives.

D’ores et déjà, la livre s’est dévaluée de 9%. Les exportateurs britanniques ont toutefois jusqu’à présent privilégié le redressement des marges par rapport aux gains de compétitivité, ce qui devrait limiter le redressement en volume des exportations. Si le Royaume-Uni souhaite absorber le choc du brexit, il va donc devoir non seulement poursuivre la dévaluation de la livre, mais aussi passer rapidement à la seconde étape de son plan combinant baisse agressive de la fiscalité sur les entreprises et négociation commerciale agressive sur les biens et services, notamment avec les Etats-Unis… à un moment où ceux-ci se ferment. Autant dire que le coût politique de cette négociation, en termes de perte d’indépendance du Royaume-Uni vis-à-vis des Etats-Unis risque d’être important. Guerre des monnaies, compétition fiscale internationale et redistribution des cartes géostratégiques sont donc plus que jamais à l’ordre du jour de l’économie internationale.

 

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