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Comment sauver la classe moyenne ?

Maison mitoyenne pour représenter la classe moyenne

La classe moyenne française fait face à une baisse du pouvoir d’achat, à une faible mobilité sociale et à une transformation profonde du marché du travail. Malgré la hausse du niveau d’éducation, les rémunérations progressent peu. Quelles solutions pour enrayer ce décrochage ? Patrick Artus apporte un éclairage sur cette question.

Nous nous concentrons sur la situation de la classe moyenne en France. Les premières évolutions remarquables sont la bipolarisation du marché du travail et l’élévation du niveau d’éducation et de qualification de la population en France.

De 2017 à 2024, la part de l’emploi total des professions très qualifiées a augmenté de 4 points. Celle des professions intermédiaires a augmenté de 1 point. Les professions moyennement qualifiées ont baissé de 6 points, tandis que les métiers peu qualifiés sont restés stables. Il y a donc bipolarisation du marché du travail au profit des personnes très qualifiées et peu qualifiées et au détriment de celles à qualification intermédiaire.

Depuis 1994, le pourcentage de personnes ayant un diplôme de niveau Bac+3 ou plus a progressé de 16 points et celui des personnes ayant un diplôme de niveau Bac+2 de 7 points. Celui des personnes ayant uniquement le baccalauréat a augmenté de 9 points. Par contre, celui des personnes sans diplôme ou ayant simplement un CAP a baissé de 32 points. Quand on compare l’évolution de la structure des emplois et celle de la structure des diplômes, on voit que les mêmes emplois sont donc pourvus aujourd’hui par des niveaux de diplôme plus élevés que dans le passé.

Des salaires et un pouvoir d’achat sous pression

Cela ne serait pas un problème si les salaires et le pouvoir d’achat reflétaient cette hausse du niveau d’éducation. Or les salaires et le pouvoir d’achat restent bas en France.

Si on regarde la part des dépenses contraintes (logement, assurances, télécommunications, cantine) dans le revenu, elle est de 31 % pour les deux déciles inférieurs de revenu. Mais elle atteint 46 % pour les 35-49 ans, 55 % pour les 35-49 ans peu qualifiés, 80 % pour les ménages aux revenus les plus faibles. Les salaires couvrent de plus en plus difficilement ces dépenses contraintes. De plus, il y a une très grande concentration des salaires autour du salaire médian.

Un salarié exerçant une profession intermédiaire (par exemple infirmières, professeurs des écoles, comptables, contremaîtres, commerciaux, assistants ou assistantes de direction…) ne reçoit en moyenne qu’un salaire supérieur de 21 % au salaire médian. On voit qu’il y a un problème : la hausse du niveau d’éducation moyen ne s’est pas traduite par une hausse du pouvoir d’achat.

Une faible mobilité sociale

En outre, facteur aggravant, il y a une faible mobilité sociale d’une génération à l’autre. Les enfants de parents occupant une profession intermédiaire ont une probabilité de 65 % d’occuper une profession intermédiaire ou d’être employé ou ouvrier. Seulement 27 % deviennent cadres supérieurs.

Les enfants de parents employés ou ouvriers non qualifiés ont une probabilité de 66 % d’être eux-mêmes employés ou ouvriers. Cette faible mobilité sociale résulte en particulier de ce que le système éducatif français perpétue les inégalités sociales.

L’écart de résultat en mathématiques (dans l’enquête TIMMS) et l’écart de score PISA entre les élèves de parents favorisés socialement et ceux de parents défavorisés sont nettement plus élevés en France que dans les autres pays de l’OCDE.

Quatre pistes pour sauver la classe moyenne

Alors, comment « sauver la classe moyenne » ? On peut penser à quatre pistes.

D’abord, développer les emplois qui correspondent aux qualifications de la classe moyenne, dans la santé et dans l’éducation. Puisque le taux de chômage des personnes ayant des diplômes de niveau intermédiaire est semblable à celui des personnes ayant des diplômes supérieurs, la hausse de la demande pour les emplois intermédiaires ferait progresser la rémunération de ces emplois.

Ensuite, réformer le système éducatif pour que son objectif devienne, comme c’est le cas par exemple en Finlande, de faire progresser le niveau de connaissances de tous les enfants et pas de sélectionner les enfants qui auront accès à l’éducation supérieure.

Il faut aussi utiliser l’intelligence artificielle pour enrichir le contenu des tâches effectuées par les personnes moyennement qualifiées et redresser alors leur niveau de productivité et de rémunération. On devrait aussi rendre accessibles aux classes moyennes les produits financiers à rendement élevé (actions cotées ou non cotées). Cela commence à être le cas avec le développement du Plan d’Épargne Retraite, dont l’encours dépasse le seuil de 150 milliards d’euros, avec 13 millions de titulaires.

Enfin, on peut réfléchir à une réforme fiscale consistant à accroître le taux de TVA et à baisser les cotisations sociales des salariés. Cela organiserait un transfert de revenu du Reste du Monde, des détenteurs de revenu du patrimoine et des retraités vers les salariés français.

Ces enjeux liés à l’évolution de la classe moyenne seront au cœur des discussions des Rencontres Économiques d’Aix-en-Provence cet été.

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