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Politique monétaire américaine : Kevin Warsh sera-t-il en rupture avec son prédécesseur Jerome Powell ?

Photo de Kevin Warsh

L’évolution de la politique monétaire américaine 2026 interroge les marchés. Entre la ligne prudente de Jerome Powell et la vision plus offensive de Kevin Warsh, un changement stratégique pourrait redessiner les taux, le dollar et les marchés financiers selon Patrick Artus.

La publication des minutes de la réunion du FOMC des 27 et 28 janvier 2026 montre que la FED reste inquiète au sujet des perspectives d’inflation. Le FOMC est l’instance qui décide de la politique monétaire à la Réserve fédérale américaine. Cette inquiétude conduit à un vote clair. Dix voix se prononcent pour le maintien du taux des Fed Funds dans la fourchette 3,50 – 3,75 %. Deux voix seulement soutiennent une baisse d’un quart de point du taux directeur. La politique monétaire demeure donc assez restrictive. Les marchés financiers anticipent une baisse modeste de 42 points de base du taux des Fed Funds d’ici la fin de l’année. Par ailleurs, la perception du risque d’une inflation demeurant supérieure à l’objectif de 2 % domine les réflexions de la Réserve fédérale aujourd’hui.

La thèse de Kevin Warsh fondée sur les gains de productivité

Pourtant, le Président nommé de la Réserve fédérale, Kevin Warsh, développe une thèse très différente. Selon lui, l’utilisation croissante de l’Intelligence artificielle va conduire à des gains de productivité élevés et à une inflation faible. Les gains de productivité sont devenus très élevés aux États-Unis. Depuis le second trimestre 2025, la croissance du PIB en volume dépasse 3 %. La progression de l’emploi n’est que de 0,2 % en rythme annuel. Il est également frappant d’observer que l’emploi recule dans les secteurs où l’Intelligence artificielle peut être assez facilement substituée au travail. Cela concerne l’industrie manufacturière, le commerce, les transports et la logistique, l’information et les services financiers. Les gains de productivité globaux sont donc proches de 3 % en rythme annuel aux Etats-Unis, probablement en raison du développement de l’usage de l’IA.

Désinflation et baisse potentielle des taux

Les salaires progressent de 3,7 % sur un an en janvier 2026. Le coût salarial unitaire, c’est-à-dire les salaires corrigés des gains de productivité, croît légèrement. Cette évolution reste compatible avec une poursuite du recul de l’inflation. L’inflation sous-jacente, hors énergie et alimentation, baisse de 3,3 % en janvier 2025 à 2,5 % en janvier 2026. La thèse défendue par Kevin Warsh est donc la suivante. L’utilisation accrue de l’IA va conduire à la poursuite du recul de l’inflation. Elle permettra ainsi une baisse des taux d’intérêt directeurs de la Réserve fédérale nettement plus forte que ce qui est aujourd’hui anticipé.

Il est intéressant de remarquer que si la Réserve fédérale baisse ses taux pour accompagner la désinflation liée à l’usage croissant de l’IA, elle ne compromettra pas sa crédibilité. La situation serait toutefois très différente si la baisse des taux résultait d’une pression politique. Donald Trump a déclaré que la Réserve fédérale devrait abaisser ses taux à 0 ou 1 %. Mais ce n’est pas ce que suggère Kevin Warsh.

Le débat sur la taille du bilan

Une autre différence entre la stratégie menée aujourd’hui par la Réserve fédérale et les souhaits de Kevin Warsh concerne la gestion de la taille du bilan. La FED a beaucoup utilisé le Quantitative Easing, c’est-à-dire l’achat de titres en contrepartie de la création monétaire, de 2008 à 2014, puis en 2020 et 2021. Depuis le début de 2022, elle réduit la taille de son bilan de 1 200 milliards de dollars. À partir de décembre 2025, elle recommence à acheter des obligations du Trésor. Kevin Warsh a passé le message qu’il était opposé à l’utilisation du bilan pour modifier l’orientation de la politique monétaire. Il désire réduire fortement la taille du bilan de la Banque centrale et continuer le Quantitative Tightening.

Quels effets sur les marchés financiers ?

Au total, la politique monétaire préconisée par Kevin Warsh serait très différente de celle menée aujourd’hui par Jerome Powell. Elle reposerait sur une baisse notable des taux d’intérêt à court terme et sur une baisse importante de la taille du bilan de la Réserve fédérale. Si ce changement de politique est mis en place, il conduira à une pentification de la courbe des taux aux États-Unis. Les effets sur le taux de change du dollar seraient ambigus. La baisse des taux d’intérêt à court terme irait dans le sens d’une dépréciation du dollar. La réduction de la taille du bilan irait dans le sens d’une appréciation. Enfin, les effets sur les indices boursiers américains seraient également contrastés. Une baisse des taux à court terme soutient les indices. La réduction de la liquidité disponible les affaiblit.

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