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Faut-il encore craindre l’explosion de la bulle autour de l’IA ?

Discussion sur Chat AI pour représentée l'IA

Alors que les investissements dans l’IA atteignent des niveaux records, la question d’une éventuelle bulle spéculative demeure. Pourtant, la dynamique à l’œuvre dépasse largement un simple phénomène financier. Elle s’inscrit dans une transformation profonde de l’économie mondiale, comparable aux plus grandes révolutions technologiques de l’histoire, explique Jean-Paul Betbèze.

À la question posée le jour de l’ouverture du sommet Choose France, à Versailles, qui voit se multiplier les annonces d’investissements dans l’IA, la réponse est oui. Il faut encore craindre l’explosion d’une bulle autour de l’intelligence artificielle.

Car il faut surtout prendre la mesure de la révolution en cours. Toutes les activités, de chaque entreprise comme de chaque individu, notamment les plus jeunes, seront chamboulées, en quelques années, dans le monde entier.

La course est lancée. On pourrait l’appeler NVIDIA. Il s’agit d’obtenir la plus forte valeur ajoutée possible pour ensuite l’utiliser « en descente », puis « latéralement », à gauche et à droite. C’est en cela que la révolution de l’IA est très particulière.

Pourquoi les leaders de l’IA investissent massivement

D’abord, il faut gagner en valeur ajoutée. La marge brute des leaders situés « en haut » de la chaîne est de l’ordre de 50 %, comme le montre l’exemple de Mistral. Avec cette ressource, l’objectif est d’entraîner les modèles afin qu’ils soient plus rapides et surtout plus efficaces. C’est ainsi que ChatGPT a vu éclore de nombreux successeurs et concurrents, plus d’une dizaine aujourd’hui, comme Anthropic ou, à une autre échelle, Mistral en France.

Les utilisateurs considèrent que les nouvelles versions offertes sont meilleures, plus éthiques ou mieux connectées. Et cela évolue de mois en mois. Entraîner les modèles consiste à savoir comment ils peuvent intégrer au mieux les informations qui leur sont déversées. Cela implique d’obtenir, de classer et de vérifier les données recueillies, que ce soit de médecine, d’éducation ou d’entreprises…

À chaque fois, la nouvelle version s’impose et rend les précédentes obsolètes. Payante ou non, elle permet d’obtenir de meilleurs résultats, autrement dit davantage de productivité et plus de profit pour son promoteur.

La productivité, clé pour éviter une bulle spéculative

La productivité accrue est la véritable justification de l’investissement supérieur, en quantité comme en qualité. Elle légitime les dépenses engagées et les risques pris. Autrement dit, elle permet d’éviter le piège de la bulle.

Avec l’IA, le but n’est pas d’acheter pour vendre plus cher au plus vite. Il s’agit de trouver l’application qui permettra le mieux de convertir les entreprises et les ménages « latéralement ». C’est là le secret de la logique de l’IA : une très forte valeur ajoutée en amont, qui permet ensuite de descendre dans l’économie réelle et de convertir les usages.

En cela, l’IA constitue une révolution singulière, comparable à celle de l’électricité en son temps. Bien sûr, on peut toujours s’inquiéter de ses effets pervers. Emplois menacés ou supprimés, livres qui ne seront plus publiés, multiplication des copies… Mais on peut également répondre que d’autres emplois seront créés, que la hausse de la productivité diffusera largement ses bénéfices et que les copistes, jeunes ou vieux, ne sont pas une invention récente.

NVIDIA et les puces, symboles de la course mondiale à l’IA

Plus encore, l’IA nourrit une course mondiale à la recherche. Celle-ci se manifeste aujourd’hui à travers la compétition autour des meilleures puces, en attendant la découverte de nouveaux moyens d’action. La puce NVIDIA, comme ses concurrentes, n’est qu’un moment de la révolution actuelle. Les valorisations boursières montrent qu’une histoire nouvelle est en train de s’écrire : plus de 5 000 milliards de dollars de capitalisation pour NVIDIA, avec un multiple de bénéfice supérieur à 30. Sans oublier la progression spectaculaire d’Anthropic. Comme lors des ruées vers l’or, ce sont les vendeurs de pelles et de pioches qui semblent les plus sûrs de gagner.

Une bulle peut-être, mais une histoire loin d’être terminée

On peut toujours dire qu’il s’agit d’une bulle, tant ces chiffres sont exceptionnels. Mais l’histoire n’est pas terminée. Les économistes ont coutume de rappeler que la preuve d’une bulle est son explosion, avec son cortège de pertes et de drames sociaux. Pour le moment, l’évolution des cours boursiers pourrait surtout décevoir certains investisseurs. Les risques de crédit demeurent encore limités, dans la mesure où les financements ne sont pas bancaires.

Aux États-Unis, ils passent principalement par les crédits privés. Le risque est donc aujourd’hui que des désillusions provoquent des pertes dans ce secteur, sans entraîner d’effet en chaîne comparable à celui des subprimes. Mais l’administration Trump pousse à la hausse des cours, au développement des crédits privés, sans trop s’inquiéter des risques pris. À ses yeux, le capitalisme suit ses propres lois.

En Europe, la régulation bancaire et financière nous éloigne (pour ne pas dire nous protège) de cette dérive. Le prix à payer est une Bourse moins flamboyante, des valorisations plus faibles et donc un risque accru de rachat de nos licornes. Dans le même temps, la productivité progresse plus lentement. Cette situation alimente les discours sur l’appauvrissement ou le déclin du continent. Au fond, on ne peut pas vouloir les bienfaits du risque sans accepter d’en prendre une part.

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