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Deux chantiers d’urgence pour redresser la France

Deux chantiersLe président de la République vient de réaffirmer les grandes orientations de sa politique économique. La bonne nouvelle, c’est – comme le suggère l’engagement ferme pris en matière fiscale – qu’il n’y a plus de zigzags à redouter; la mauvaise, c’est qu’il n’y a pas non plus d’initiative annoncée pour consolider une confiance encore bien timide. Dans ce contexte, les prévisions des organismes internationaux convergent, environ 1 % de croissance ou un peu moins en 2015 et 1,5 % ou un peu plus en 2016. Rien de ce qui est dans les tuyaux n’étant de nature à rehausser cette tendance, les créations d’emplois se feront donc début 2017 à un rythme toujours anémique, le pouvoir d’achat restera stagnant, l’investissement en panne, la dépense publique collée à 58 % du PNB et le déficit à 4 %. Bilan médiocre pour quelques-uns, détestable pour beaucoup. Peut-on encore sortir de ce bourbier économique ?

La première moitié du quinquennat a été marquée par une incohérence gouvernementale sans précédent : côté cour, un ministre appliqué défendant, à l’étranger, une politique financière qualifiée de vertueuse; côté jardin, un ministre flamboyant attisant sans vergogne le populisme anticapitaliste. Le Cice, puis le pacte de responsabilité, puis la nomination de Manuel Valls à Matignon et la clarification gouvernementale intervenue fin août marquent une réorientation progressive, malgré les réticences d’une partie de la majorité parlementaire, vers des mesures favorables au côté de « l’offre ». Est-ce suffisant ? La réponse brève est négative.

La prise de position de Manuel Valls déclarant « aimer l’entreprise » marque pour la gauche gouvernementale un tournant très important sur le plan idéologique. Mais la réorientation de la politique économique est restée au milieu du gué, les signaux peu clairs, les réformes trop complexes. Pour réussir le quinquennat, il ne faut sûrement pas remettre en cause la ligne adoptée depuis dix-huit mois, il faut au contraire lui donner de meilleures chances de réussir et c’est encore possible.

Il y a deux domaines dans lesquels l’action du gouvernement peut faire rapidement la différence : il faut être plus radical dans la politique de compétitivité et plus activiste dans le domaine du logement.

Concernant la compétitivité, tout semble avoir été dit ou tenté; mais le résultat est un capharnaüm, l’emploi, l’investissement sont bloqués. Crédit d’impôt, pacte de responsabilité, tout cela était bon pour faire de la pédagogie et se donner du temps, mais ce sont des usines à gaz. Il est urgent de remplacer ces dispositifs administratifs par une mesure simple et transversale, la baisse équivalente des charges sociales; c’est un geste massif, immédiatement intelligible, le seul capable (à condition de faire l’équivalent sur la pénibilité) de changer les anticipations des chefs d’entreprise, le seul moyen de redynamiser leurs projets d’investissement. Sur cela se grefferont les réformes indispensables du marché du travail comme les seuils, le contrat de travail ou l’assurance-chômage.

Quant au logement, ce pourrait être la catastrophe suprême de ce quinquennat : il manquait 500.000 logements en 2012, il en manque aujourd’hui, après Mme Duflot, 700.000; mieux vaudrait éviter qu’il n’en manque 1 million en 2017 ! C’est l’un des domaines où Manuel Valls a immédiatement pris des mesures énergiques et de bon sens, mais il faut pousser la réforme plus loin. Il faut d’abord inciter férocement à construire les élus et les propriétaires fonciers qui freinent la construction; il faut ensuite dynamiser le secteur de la construction sociale, gestionnaire bien peu productif d’un immense patrimoine; il faut mettre sur pied un véhicule de financement capable d’attirer vers cet immense marché une offre d’épargne internationale toujours abondante; il faut enfin que cette grande ambition nationale soit dans la main du Premier ministre lui-même et animée sur le terrain par un petit nombre de « préfets à la construction » capables de bousculer tout ce qui dans ce domaine fait obstacle à l’intérêt général.

Ces deux blocs de mesures garantissent, à un horizon relativement rapproché, un éclaircissement du climat économique, plus de dynamisme de la demande (investissement, exportation, logement), des emplois (et donc du pouvoir d’achat), des recettes fiscales (et l’espoir, enfin ! d’une réduction des déficits). Au fond, on a tort de croire la prévision 2017 déjà jouée : un gouvernement qui sait où il va a encore le temps et les moyens d’agir.

 

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