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Économie de la santé : un réforme ? non, une révolution ?

Il faut s’attendre à un fort développement de nos dépenses de santé dans les prochaines décennies. Et s’en réjouir, même si cela pose de redoutables problèmes de financement. S’en réjouir d’abord parce que la santé est un bien inestimable. Mais aussi parce que le secteur de la santé, replacé dans l’ensemble de l’économie et dans la perspective de la mondialisation est au cœur des nouvelles orientations d’un développement qualitatif et durable. C’est un moteur de croissance stratégique compte tenu des emplois qui sont liés à ce secteur de services. Et aussi un secteur industriel soumis aux contraintes de compétitivité sur le marché mondial et donc aux enjeux de technologie et de recherche associés à ces contraintes. L’économie de la santé contribue grandement à la santé de l’économie !

Avant-propos

économie de la santéL’économie de la santé est une fois de plus au cœur de notre actualité sociale et politique. Mais si notre réflexion peut éclairer le débat actuel, elle souhaite surtout provoquer une rupture, en amont même du débat – un changement radical dans les représentations dominantes qui enferment les choix politiques et les réduisent à un problème de financement de la santé.

Rupture ? Révolution même. Nous affirmons qu’il faut s’attendre à un fort développement de nos dépenses de santé dans les prochaines décennies. Et que ce développement est en outre souhaitable, pour de multiples raisons. Au fond, c’est une évidence, mais une évidence masquée par une curieuse inversion des représentations : ce qui est a priori supérieur subit un traitement effectif inférieur. Parce que la santé est un bien inestimable, singulier dans le champ de la valeur économique, il est en grande partie exclu du marché et on aboutit à ce paradoxe de se réjouir des progrès de la consommation (même dans ses composantes les plus futiles mais utiles pour la croissance) et de s’inquiéter de la croissance des dépenses de santé.

Il importe donc de changer résolument de point de vue et de ne pas limiter l’économie de la santé à la question de son financement, aussi difficile et intéressante soit-elle. Car si cette question n’est pas secondaire, loin de là, elle est cependant seconde et revenir à un ordre logique des problèmes permet d’ouvrir de nouvelles voies pour les traiter.

Notre approche est donc celle d’économistes replaçant le secteur de la santé dans l’ensemble de l’économie et dans le contexte de la mondialisation. Nous n’entrerons pas ici dans le détail de l’organisation complexe du système de soins ou des modes de rémunération des personnels médicaux. Ces aspects sont importants car il existe manifestement des gaspillages, des dysfonctionnements, des surconsommations. Et s’il faut dépenser plus, c’est à la condition de dépenser mieux. Mais les problèmes d’organisation et de gestion, qui font l’objet d’ouvrages spécialisés, de débats passionnés et d’arbitrages politiques délicats doivent d’abord être replacés dans leur contexte macro-économique. C’est l’enjeu de la réflexion développée dans ce Cahier du Cercle des économistes.

Nous montrons en premier lieu que les dépenses de santé s’inscrivent dans la perspective d’un développement qualitatif et durable, en cohérence avec les nouvelles orientations de la croissance. Qu’elles constituent un puissant moteur de croissance compte tenu de la densité des emplois liés à un secteur de services. Compte tenu aussi des contraintes de compétitivité et des enjeux de recherche associés à ces contraintes. En ce sens, certaines dépenses de santé sont aussi des investissements, et des investissements stratégiques. Cette analyse globale est ensuite illustrée et précisée sur un secteur particulièrement important et exemplaire, celui de la pharmacie et des biotechnologies qui est soumis à une intense concurrence mondiale.

Il apparaît ainsi clairement qu’une réflexion sur l’économie de la santé ne peut pas s’enfermer dans le cadre français, ni même européen. L’intensification de la concurrence et des échanges invite à la confrontation des systèmes nationaux et à une réflexion sur la gouvernance mondiale de la santé. C’est pourquoi une contribution de ce Cahier est consacrée au système de santé américain. Elle met en évidence l’importance que les Etats-Unis accordent au secteur de la santé et les spécificités, ainsi que les difficultés, de son financement. En conclusion, ce Cahier s’attache à un thème à la fois essentiel et d’actualité, celui de l’économie des brevets et des médicaments génériques et, plus généralement, celui des urgences sanitaires mondiales.

Marc Guillaume
Editions : PUF et Descartes

12 € ISBN : 978-2-13-056472-0

SOMMAIRE

Avant-propos de Marc Guillaume I. Le paradoxe de la santé Marc Guillaume

II. Déplafonner les dépenses de santé : modalités et conséquences Patrick Artus

III. Les effets de la santé sur la croissance économique Jean-Hervé Lorenzi et Mathieu Baratas

IV. Les nouveaux modèles de l’industrie du médicament Michel Didier

V. Les dépenses de santé aux États-Unis et leur financement Jacques Mistral et Bernard Salzmann

VI. Du bon usage des épidemies : mondialiser le progrès sanitaire Marc Guillaume

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