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Développement, durabilité, quels choix pour l’humanité ?

Propos introductif de Philippe Mabille, La Tribune

Cette controverse est intitulée « Développement, durabilité, quels choix pour l’humanité ? ». Nous avons pensé qu’il s’agirait d’un beau sujet pour un concours d’école de commerce et, en même temps, d’un beau sujet pour tenter de sauver la planète tout court.

Pour en parler, j’ai la chance d’avoir à mes côtés Alexandre Bompard, le Président-Directeur Général de Carrefour. Nous sommes également en présence de Jean-Dominique Sénard, le Président du Conseil d’administration du Groupe Renault. Vous êtes des habitués des Rencontres Économiques d’Aix-en-Provence et, en intitulant cette controverse, nous nous sommes dit que nous allions essayer de trouver le good guy et le bad guy pour les opposer, les conduire à un match terrible. Mais finalement, nous n’allons pas du tout faire ça. Nous allons essayer de trouver la controverse à l’intérieur de la question pour vous parler de ce qui nous intéresse tous. Nous pouvons attribuer la formule au Président de la République Emmanuel Macron, qui nous avait parlé de la contradiction qu’il y a à résoudre entre la « fin du monde », le climat, et la « fin du mois », le pouvoir d’achat.

Cette question ne s’est sans doute jamais autant posée à nous qu’aujourd’hui. Nous sommes dans une période de reprise très forte de l’inflation et nous sommes également dans une période où nous devons réaliser une transition écologique industrielle – nous en parlerons pour le secteur automobile avec Jean-Dominique Sénard – et une transition écologique alimentaire, dont nous parlerons avec Carrefour évidemment, qui est au cœur de ces questions.

Pour commencer, nous poserons la question industrielle. Nous sommes donc dans une ère de révolution pour l’automobile, une révolution particulièrement violente pour cette industrie qui a 150 ans et qui va devoir basculer dans une transition électrique massive en 10 ans. Comment peut-on arriver à concilier le pouvoir d’achat, alors que les voitures électriques coûtent entre 30 % et 40 % plus cher que les voitures thermiques, avec cette donne d’une nouvelle industrie automobile qui n’aura sans doute rien à voir avec celle que nous avons connue jusqu’alors ?

Synthèse

L’industrie automobile entend résoudre le plus rapidement possible la question « fin du monde ou fin du mois », ces deux expressions ne pouvant être en contradiction, estime Jean-Dominique Sénard. L’enjeu est d’autant plus important pour le Groupe Renault qui choisit de parier sur l’avenir en fabriquant en France un grand volume de véhicules électriques, dans une logique de quantité pour accéder à l’abordabilité. Il est également possible d’appréhender le sujet du développement et de la durabilité par celui de la pertinence de l’économie circulaire : en témoigne le succès de la réhabilitation de l’usine Renault de Flins. Finalement, l’enjeu de durabilité ne pourra se résoudre que dans le temps long. Pour l’industrie automobile, cet enjeu est marqué par plusieurs facteurs de changement pour le modèle d’affaires : le goût des consommateurs, une réglementation hétérogène dans le monde, l’innovation par les entreprises et l’essor des partenariats pour le développement de la mobilité. La situation actuelle est marquée par la réglementation européenne appelant à la fin rapide des moteurs thermiques sans réelle analyse d’impact, ce qui ouvre aujourd’hui la voie aux véhicules chinois. Le marché se trouve dans une position de vulnérabilité, soumis au contexte géopolitique notamment sur la fourniture des métaux, qu’il est urgent de corriger avec le concours des acteurs économiques.

Les acteurs qui ont mis la RSE au cœur de leurs missions sont en train de trouver des solutions en faveur de la durabilité environnementale, déclare Alexandre Bompard. Au-delà de la durabilité environnementale, il y a aussi la résurgence des questions sociales et du pouvoir d’achat. Les citoyens ne peuvent plus payer la facture d’une consommation responsable et durable, ils se tournent vers l’État et les entreprises pour résoudre l’équation « fin du monde ou fin du mois ». Carrefour tâche d’apporter une réponse avec son programme Pacte Transition Alimentaire, notamment en accompagnant les agriculteurs vers le bio pour rendre cette production plus accessible. Malgré tout, les ménages se posent aujourd’hui la question de savoir comment se nourrir et non de savoir comment se nourrir mieux. Au regard de l’actualité récente et des émeutes, il est évident que des employeurs comme Carrefour, particulièrement présents dans les quartiers urbains, doivent continuer d’agir en faveur de l’ascenseur social et de former les jeunes. Le sentiment de la France des périphéries ne doit pas s’étendre à l’ensemble du territoire. Le secteur de la grande distribution est particulièrement soumis à la réglementation. Malgré tout, la France est le pays au sein duquel la relation entre les acteurs de l’alimentaire est la plus tendue, ce qui témoigne d’un dysfonctionnement. Les acteurs économiques doivent tenir un rôle dans la prise de décision.

Points forts du débat

  • Jean-Dominique Sénard, pour l’industrie automobile, et Alexandre Bompard, pour les filières de l’alimentaire, soulignent le besoin de placer les acteurs économiques au centre des prises de décision pour répondre aux enjeux de développement et de durabilité, tout en assurant l’adhésion des secteurs impactés par le changement.

Propositions

  • Faire évoluer la manière de réguler les filières alimentaires en s’inscrivant dans le long terme et en replaçant les acteurs économiques au cœur des décisions, afin de favoriser l’entente entre les acteurs, d’améliorer leur compétitivité, de mettre en avant les enjeux de durabilité et de préserver l’intérêt du consommateur (Alexandre Bompard).
  • Mobiliser les acteurs économiques pour exiger davantage de souveraineté européenne sur les ressources stratégiques (Jean-Dominique Sénard).

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