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La hausse des prix de l’énergie engendrera-t-elle une reprise de l’inflation ?

La conjoncture actuelle ne peut manquer de renvoyer aux deux chocs pétroliers de 1973 et 1978 qui multiplièrent successivement d’un facteur quatre puis d’un facteur deux les cours du pétrole brut. De là se propagea une vague irrésistible de hausse des prix dans tous les secteurs de matières premières puis de l’économie toute entière, ouvrant l’ère de la stagflation.

Aujourd’hui le cercle vicieux de la hausse des prix s’est trouvé amorcé par la vivacité de la reprise qui suit la crise sanitaire. La Chine, nouvel acteur apparu depuis les chocs pétroliers, assoiffée d’énergie importée, a bien sur exercé une influence décisive sur ce déséquilibre. Du côté de l’offre, les grands pays exportateurs d’hydrocarbures, à l’instar de l’OPEP à l’époque, n’auront pas voulu-ou pu -accroître leur production pour répondre à la demande mondiale. Ainsi la Russie n’a pas dû être mécontente de rappeler à l’Europe sa dépendance gazière.


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Car la lutte contre le virus a engendré pire qu’une simple récession, la mise à l’arrêt de l’activité induite par le confinement généralisé. Plus profond a été le creux, plus rapide est le rebond de la demande, d’où le déséquilibre sur les prix. Déjà on voit s’enclencher la fatale spirale prix-salaires, avec le « pouvoir d’achat » désormais promu première préoccupation des Français. Et se profiler les rustines des aides d’état avec lesquelles on tente de panser les plaies les plus politiquement sensibles, telles que « l’indemnité-inflation » sur les carburants. C’est le langage des années d’inflation qui revient en force, qu’on avait quelque peu oublié. Mais la grande différence est que les chocs pétroliers se déroulaient dans un climat général propice à l’inflation, dont ils furent à la fois la cause et la conséquence après la dévaluation du dollar,

Pourquoi la hausse de l’électricité ?

On comprend aisément comment la hausse des prix sur le marché mondial du pétrole et du gaz se répercute immédiatement sur les prix de détail pour le consommateur individuel, à la pompe ou sur sa facture. En revanche la compréhension est rien moins qu’évidente s’agissant du prix de l’électricité. Pourquoi une hausse des prix de l’électricité puisque notre mix énergétique basé sur le nucléaire et l’hydraulique est largement abrité des fluctuations du marché mondial ? Là c’est l’intégration du marché européen, qu’il faut mettre en cause, dans le mix duquel le gaz occupe une place prépondérante. Comme le veut la loi du marché, le prix européen s’aligne sur le coût du moyen de production marginal, en l’occurrence les centrales à gaz. La responsabilité incombe aussi à la politique du climat communautaire, avec le développement spectaculaire des énergies renouvelables encouragé par les subventions et par l’augmentation brutale du prix des quotas d’émissions-carbone.

Les Français seraient dès lors légitimes à poser la question de savoir pourquoi ils devraient se trouver privés par l’Europe des bénéfices du gigantesque investissement qu’ils ont consenti pour assurer l’autonomie énergétique du pays – et collatéralement sa neutralité carbone- qui devraient lui valoir les lauriers. La vérité c’est que le modèle d’organisation du secteur de l’électricité en France- même s’il a évolué est devenu la « bête noire » en tant qu’héritier d’un ex-monopole d’état, d’un ex-syndicat communiste, et d’un mix ex-tout -nucléaire, c’est à dire une sorte d’Union Soviétique qui aurait réussi. Tout pour plaire dans l’Europe d’aujourd’hui, notamment en Allemagne et dans son réseau de « followers ». Et qu’il est parfois (souvent ?) préférable de se tromper en groupe que d’avoir raison tout seul.

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