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Merkel part, où ira l’épargne allemande ?

C’est bien connu : les marchés financiers ont horreur de l’incertitude. Or, l’annonce de la Chancelière allemande de se retirer progressivement de la vie politique active, à partir de la fin de l’année, ouvre une période d’interrogations. Jean-Paul Betbeze recense les différents scénarii possibles quant à l’impact sur les flux d’épargne.

C’est la question du jour pour les marchés financiers, même si on nous dit que rien ne presse. Angela Merkel annonce qu’elle ne sera plus présidente de son parti fin décembre. Elle ajoute qu’elle restera Chancelière jusqu’à la fin de son mandat, 2021, dans trois ans, puis fin. Mais, pour les marchés financiers, qui pensaient il y a un encore un an que Mutti (maman) serait élue sans problème, ces changements sont brutaux. Son élection à la Chancellerie avait conduit à une « grande coalition » qui l’immobilisait. Les élections dans ses terres historiques (Bavière puis Hesse) avaient vu monter les extrêmes, laminant sa majorité. Elle « ouvre un nouveau chapitre », dit-elle. Et les politiques se demandent si elle pourra terminer son mandat.

Pour les marchés, nous sommes dans l’après Merkel depuis une semaine. Avec quelle croissance, quelles politiques budgétaire, internationale et, surtout, européenne ? La question est décisive pour la première économie de la zone, et surtout son plus important fournisseur, et exportateur, d’épargne. Les marchés se souviennent du choc de l’annonce du quantitative easing, l’achat de bons du trésor par la Banque centrale européenne, début 2015. La rumeur bouleversait les flux d’épargne depuis mi 2014. Les marchés font alors leurs calculs : les actions pourront résister, mais les rendements des obligations vont baisser, ceci expliquant cela. Investissons donc en bons du trésor américain !

En cumul sur douze mois, le flux d’épargne quittant la zone euro va atteindre 400 milliards d’euros en 2017, en atteignant actuellement 200. Le calcul financier était imparable : le rendement des bunds allemands allait s’effondrer, jusqu’à être négatif en 2016, alors que le bond américain passerait au même moment à 1,6%. Il fallait passer du bund au bond. 30% des achats de bons du trésor américain sont ainsi achetés, en ce début 2018, par l’épargne de la zone euro, pour ne pas dire allemande !

25 octobre, dans sa conférence de presse, Mario Draghi se souciait donc de stabiliser ce pourcentage, au moment où il confirmait la fin des achats de bons du trésor, fin 2018, et la poursuite du réinvestissement de son magot, « aussi longtemps que nécessaire pour atteindre 2% d’inflation dans la zone ». Car il savait que les rendements américains allaient continuer à monter ! Il devait donc stabiliser, voire réduire cet exode de capitaux qui finance, pour un quart, la politique aventureuse de Donald Trump !

Mario Draghi a deux armes. Sa crédibilité : sa politique est claire, constante, annoncée depuis des années. L’arme fournie par Donald Trump : ses décisions, interventions et commentaires qui agitent les marchés, au point que le coût des couvertures de change que voudraient des investisseurs allemands mange le rendement américain ! Trump aide Draghi à garder une bonne part de l’épargne allemande, alors qu’il en a besoin !

Mais c’était avant l’Italie et Merkel ! Pour l’Italie, les rendements à 10 ans vont vers 3,5% depuis un plus haut à 3,7% le 19 octobre, grâce aux paroles « confiantes » de Mario Draghi : combien de temps ? Pour l’Allemagne, les rendements ont suivi leur baisse depuis début octobre, à 0,37%, baissant de 3 points de base à l’annonce de Merkel, sans choc boursier.

Alors : Merkel part et rien ne change ? Non. Si les responsables italiens ne veulent rien entendre, d’autant que la voix d’Angela est moins forte, alors l’épargne allemande ira à New-York, où Trump l’attend, à 3,1%.

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