Des universitaires avec une conviction : l’importance d’un débat ouvert et accessible

Notre-Dame, un élan qui en appelle un autre

La France compte 87 cathédrales sur son sol. Il serait bon de diriger vers elles une partie de la manne qui afflue pour la reconstruction de Notre-Dame de Paris. C’est la conviction de Françoise Benhamou, membre du Cercle des économistes.

L’élan local, national, mondial, rappelant que le patrimoine est la propriété de tous, fut immédiat et spectaculaire. Les images du feu – le feu qui évoque l’enfer – firent le tour de la planète, donnant naissance à des cascades émotionnelles – à l’instar des cascades informationnelles modélisées par la théorie économique. Celles-ci conduisent une information initiale à se répandre, et cela d’autant plus vite et d’autant plus largement qu’elle circule sur les réseaux sociaux. On a pu prendre la mesure de ce qu’un édifice, fût-il de pierres, est aussi un patrimoine immatériel, qui conte une histoire, qui forge des identités, qui s’installe dans la psyché des peuples.

En un étrange mariage de considérations sur le sacré, de peurs collectives et de craintes plus triviales pour le tourisme de masse, Notre-Dame a vu affluer des dons venus de toutes parts. Il est assez surprenant d’avoir entendu des propositions pour accroître les avantages fiscaux afférents aux dons ; lorsque le donateur les fait jouer, ils permettent de défiscaliser 66 % du montant du don pour les particuliers et 60 % pour les entreprises, avec des plafonds mais aussi la possibilité d’étaler les déductions sur cinq années.

Pourquoi reprendre d’une main (en qualité de contribuable) les deux tiers de la somme que l’on vient de donner ? Donnons ce que l’on peut, sans forcer l’Etat à en rembourser l’essentiel. Sans cela, le mécénat revient à exiger de l’Etat – et donc des autres contribuables – qu’ils financent un bien sans qu’ils aient disposé de la maîtrise de l’affectation des sommes. Une campagne d’appel aux dons qui se serait émancipée de l’avantage fiscal, certes parfois nécessaire lorsqu’il s’agit d’amorcer un financement que l’on peine à trouver, aurait été à la mesure de l’événement.

Les autres Notre-Dame

On évoque la somme totale d’un milliard d’euros de dons récoltés. Il faut rappeler que l’on compte, en France, 87 cathédrales qui sont la propriété de l’Etat. Toutes sont en chantier quasi permanent : sans cela les désordres architecturaux se propagent, et les coûts de préservation en sont in fine d’autant plus élevés. N’est-il pas temps de réfléchir à doter dans le même mouvement ces autres cathédrales d’une part des revenus qui affluent vers Notre-Dame ?

D’aucuns ont pu aller plus loin et regretter, avec quelque amertume, de ne pas « donner à l’humain » ce que l’on donne à la pierre ; c’est là sans doute un réflexe que l’on peut entendre, mais ces concurrences entre culture et humanitaire ne sont guère productives. En revanche, d’autres formes de partage, et une réflexion sur les solidarités entre les différentes formes de patrimoine, mériteraient d’être ouvertes.

Le dernier rapport sur l’état du parc monumental français date de 2008 (!) ; il faisait état de besoins considérables. Chaque année, l’Etat dépense environ 320 millions d’euros, et les collectivités territoriales sans doute autant. C’est peu quand on connaît la richesse et la préciosité de notre patrimoine, et les externalités qu’il produit pour l’industrie du tourisme et pour l’économie tout entière. C’est tout le financement de celui-ci qui doit être repensé à la lumière du drame de Notre-Dame, afin d’éviter les à-coups des choix budgétaires et de définir une politique de conservation durable et responsable.

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