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Repenser les inégalités pour mieux les combattre

repenser les inégalitésDepuis le début des années 1980, on a assisté à une augmentation rapide des inégalités de revenu au sein des grands pays développés, particulièrement entre le 0,1 % de revenus les plus élevés et les autres revenus.

Comment expliquer cette explosion des inégalités et comment y remédier ? Dans son récent ouvrage « Le Capital au XXIe siècle », Thomas Piketty avance l’idée d’une croissance inexorable du capital par rapport au revenu national. L’explication est simple : le stock de capital croît à un taux égal au taux de rendement du capital, or ce taux de rendement est généralement supérieur au taux de croissance du revenu national; par conséquent, dans le long terme, toute la richesse finit par être concentrée chez les capitalistes; il s’ensuit une explosion des inégalités de revenus entre les capitalistes qui épargnent et les autres, et ce, en particulier en période de ralentissement de la croissance. La recette proposée par l’auteur est aussi simple que son explication : il faut taxer davantage le capital.

Mais faut-il vraiment croire à cette théorie ? En particulier, elle prédit que les inégalités de patrimoine augmentent plus vite en période de croissance faible. Pourtant les inégalités ont crû beaucoup plus vite après la révolution industrielle de 1820 qu’avant, alors que c’est précisément cette révolution industrielle qui a fait décoller l’économie mondiale de la croissance zéro ! Et même de nos jours, ce n’est pas dans les pays ou régions du monde où la croissance est la plus faible que les inégalités augmentent le plus vite.

En outre, comme le montre l’économiste Etienne Wasmer, si l’on mesure le capital immobilier correctement, c’est-à-dire en corrigeant notamment pour l’effet des bulles immobilières, on trouve que le ratio capital sur revenu a stagné en France et dans la plupart des autres pays développés, au cours des dernières décennies.

Au total, l’explication par le capital ne rend pas compte de l’augmentation des inégalités de revenu observées depuis les années 1980.

Une autre explication est que, dans les années 1980, il y a eu l’arrivée d’une nouvelle vague technologique, celle des technologies de l’information et de la communication (les TIC). Coïncidant avec la mondialisation des échanges, cette vague a dopé le revenu des individus les plus qualifiés ou les plus rapides pour diffuser les nouvelles technologies à de nouveaux secteurs d’activité. Par contre, elle a pénalisé ceux qui n’ont pas su rebondir et s’adapter.

Cette explication suggère des solutions également différentes pour réduire les inégalités. Comme nous l’expliquons dans notre livre « Changer de modèle », dans une économie de l’innovation où de nouvelles activités viennent sans cesse remplacer des activités existantes, il faut s’attaquer aux inégalités sociales pas seulement par l’impôt mais à la racine, en réactivant la mécanique de la mobilité sociale de l’école.

La France est paradoxalement un pays où les impôts et transferts sociaux sont parmi les plus élevés au monde et où en même temps la mobilité sociale et professionnelle est particulièrement faible; et, parmi les pays de l’OCDE, le pays où les résultats scolaires sont le plus fortement corrélés à l’origine socio-économique.

Autre paradoxe français : notre pays est plus égalitaire que les pays anglo-saxons, si l’on ne regarde que les salaires à temps plein, mais il est plus inégalitaire si l’on regarde les revenus avant impôts. L’explication est simple : la France est plus inégalitaire concernant l’accès à l’emploi et donc aux revenus du travail lui-même.

Comment réduire l’inégalité d’accès aux nouveaux emplois générés par l’innovation ? Une école plus performante et moins inégalitaire; un système de formation professionnelle plus efficace; un marché du travail plus flexible; une fiscalité plus juste et plus efficace (sans niches inutiles) mais également plus incitative (en évitant de surtaxer le capital) : en activant tous ces leviers simultanément, les pays d’Europe du Nord sont parvenus à réconcilier croissance, accès à l’emploi pour tous et maîtrise des inégalités. Pourquoi pas nous ?

 

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