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Jeunesse sur un fil : l’inflation baisse, mais l’autonomie stagne

L’enquête que vient de publier le Cercle des économistes dans le cadre du programme Jeunesse(s) des Rencontres Économiques d’Aix-en-Provence auprès de 5 000 jeunes de 15 à 29 ans dessine le portrait d’une génération paradoxale. Vulnérable mais résiliente. Angoissée mais active. En quête de sens mais pragmatique. Loin des clichés, ces résultats révèlent une jeunesse qui marche sur un fil tendu entre craintes de précarité et recherche d’équilibre de vie.

Le premier constat frappe par sa brutalité. Une véritable crise de l’autonomie économique. Près de trois jeunes sur dix peinent à subvenir aux besoins essentiels. Trois sur quatre surveillent un budget tendu. Le choc de 2022-2023 a laissé des traces sur les ressources. Pourtant, l’inflation est redescendue sous 1 % en 2025. Le logement constitue le sas critique vers l’autonomie. 82 % se heurtent à des charges d’habitation trop élevées. 67 % ont peiné à se loger sans CDI. Ce « malus jeunesse » n’est pas un trompe-l’œil, mais une réalité documentée.

Le rapport au travail : entre ancrage central et nouvelles exigences

Face à ces difficultés matérielles, le rapport au travail se recompose. 56 % ont vécu l’entrée sur le marché comme un parcours du combattant. Plus de la moitié ont accepté un premier poste pour lequel ils étaient surqualifiés. Pourtant, le travail reste un ancrage essentiel pour huit répondants sur dix. Mais cette centralité s’accompagne d’exigences renouvelées, décalées par rapport aux codes traditionnels de la réussite professionnelle. 60 % indiquent préférer un métier attrayant sans impératif de « montée en grade ». 52 % privilégient le temps libre à un salaire élevé. Les jeunes appellent aussi les entreprises à assumer un rôle social, et non pas seulement économique. 47 % considèrent que l’amélioration de la vie au travail implique de réduire le stress et de protéger la santé mentale des salariés. La défiance envers le système de retraite constitue un autre marqueur fort. 77 % ne croient pas que le système tiendra quand leur tour arrivera. Cette confiance dégradée dans le pacte intergénérationnel s’articule avec un recentrage vers le court terme.

Une génération ni démissionnaire, ni idéologique

Cette génération n’est ni démissionnaire, ni idéologique. Elle construit ses repères autour du local et du proche, plutôt que de grands récits collectifs. 76 % se disent attachés à la France et 71 % à leur ville, mais 51 % ont déjà pensé à quitter le pays. Cette ambivalence est le symptôme d’une jeunesse qui souhaite croire en son avenir ici, mais ne voit pas toujours les moyens de cette projection.

La réponse économique et politique doit être à la hauteur de cette « génération sur un fil ». Sinon, l’adhésion au pacte social français risque de se déliter. Les conséquences dépasseraient largement la seule question générationnelle. Ne pas apporter de réponses serait une forme de non-assistance à jeunesse en danger.

78 % des 15-29 ans estiment que la politique « écoute rarement » les jeunes

Or, 78 % des jeunes estiment que la politique « écoute rarement » leur génération et autant jugent les responsables « déconnectés de leur réalité ». Les implications pour les politiques publiques sont considérables. Une réforme ambitieuse du marché du logement pour faciliter l’accès des jeunes actifs, un renforcement massif des dispositifs d’insertion professionnelle et un investissement inédit dans la santé mentale des 15-29 ans, dont 30 % connaissent des problèmes réguliers. Voilà quelques-unes des pistes que suggère cette enquête. À condition de regagner du temps de délibération. Cela suppose de ne pas obstruer la scène publique avec un débat sans fin sur les retraites.