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Des universitaires avec une conviction : l’importance d’un débat ouvert et accessible

Turbin estudiantin

travail-dimanchePour aborder la question du travail le dimanche, il faut se départir de deux idées reçues bien ancrées dans l’opinion publique :

  • la consommation et l’emploi sont des gâteaux de taille donnée : ceux qui consomment et travaillent le dimanche ôtent le gâteau de la bouche à ceux qui s’en régalent uniquement les jours dits ouvrables ;
  • le monde du travail est parfaitement homogène : ce qui est bien pour un travailleur l’est également pour un autre et vice versa. Considérons tour à tour ces deux idées reçues.

Première idée : le gâteau est fixe. En effet, si je veux bricoler le dimanche, je n’ai qu’à m’équiper le samedi ; et si j’ai acquis une perceuse samedi, je n’en achète pas une nouvelle dimanche. Certes, mais s’il me manque une vis ? Surtout, que dire des grappes de touristes remontant un boulevard Haussmann désert à Paris sans trouver aucun grand magasin où acheter les dernières babioles avant le retour au pays ? Faut-il leur demander de repousser leur départ de 24h ?

Plus sérieusement, une étude publiée en 2005 par Mikal Skuterud dans la European Economic Review s’est penchée sur l’expérience des provinces canadiennes en matière d’ouverture le dimanche, à partir des années 1980. Les résultats sont clairs : l’ouverture le dimanche accroît les ventes et l’emploi des magasins effectivement ouverts (ce à quoi on s’attend) mais aussi le total des ventes et de l’emploi, c’est-à-dire en comptant une éventuelle baisse de régime pour les commerçants choisissant de rester fermés. Ainsi, l’ouverture le dimanche est favorable à l’emploi. Bien sûr, ce n’est pas une raison pour détruire le modèle social, voire familial. Examinons alors la seconde idée reçue.

Seconde idée, donc : le marché du travail est homogène, du côté aussi bien des employeurs que des employés. Permettez-moi ici de revêtir ma toge d’universitaire pour protester vigoureusement. Hélas, de nombreux étudiants désertent les amphis, obligés qu’ils sont de travailler pour subvenir à leurs besoins. Leurs résultats universitaires en pâtissent. Je préfèrerais cent fois qu’ils travaillent le dimanche plutôt que le mardi ou le jeudi. Certains le font déjà, mais les autres ? Au lieu de discuter à l’infini pour savoir qui, du jardinage ou du bricolage, aura le droit d’ouvrir, pourquoi ne pas conditionner l’ouverture des boutiques à l’emploi d’un quota d’étudiants à définir, épaulés par quelques volontaires parmi le personnel permanent ? Reconnaissons la diversité des situations : si travailler le dimanche est déstructurant pour des travailleurs chargés de famille, cela peut s’avérer au contraire structurant pour des jeunes qui peinent à financer leurs études.

Certains objecteront que le repos dominical constitue l’un des fondements de la société et qu’on ne saurait lui opposer l’emploi, voire l’insertion des jeunes. C’est un choix de société, comme l’interdiction des OGM ou de la recherche sur le gaz de schiste. Dans ce cas, je ne suis plus compétente. Le rôle des économistes, comme celui des scientifiques en matière d’OGM ou de géologie, ce n’est pas de décider ; seulement d’informer les décideurs. Pour ce qui est du dimanche, que votre volonté soit faite.

Chronique diffusée sur France Culture le 5 décembre 2013

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