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Rebond de la croissance ou sortie de crise ?

Faut-il prendre pour argent comptant l’optimisme ambiant en matière de croissance économique ? Face aux derniers chiffres, la tentation est forte. Mais pour André Cartapanis, la sagesse est de mise. L’économiste explique pourquoi il convient de rester prudent.

La croissance est revenue. C’est ce qui ressort de toutes les projections macroéconomiques depuis quelques jours. Pour l’OCDE, dans ses Perspectives économiques intermédiaires publiées le 20 septembre dernier, la croissance mondiale devrait s’accélérer et atteindre 3,5% en 2017 et 3,7% en 2018, contre 3% en 2016. On connaîtra cette semaine les nouvelles prévisions macroéconomiques du FMI. Mais à l’occasion d’un discours à l’université de Harvard, le 5 octobre, Christine Lagarde a indiqué qu’elles seront nettement plus optimistes que celles de juillet dernier. Quant à la France, l’INSEE prévoit désormais une croissance du PIB de 1,8% en 2017, contre seulement 1% et 1,1% en 2015 et 2016. Doit-on parler, alors, d’une sortie de crise, 10 ans après le déclenchement du krach financier ? Ce n’est pas certain.

Car un tel rebond de l’activité économique, s’il est indéniable pour 2017 et, sans doute, pour 2018, ne signifie pas qu’une période de croissance mondiale forte et soutenue est désormais assurée à moyen terme. La reprise de l’investissement privé et du commerce international reste encore modérée, surtout si on la compare aux booms habituellement observés au sortir d’une crise. La progression des salaires est étonnamment faible, ce qui, couplée aux inégalités de revenus et de patrimoines, alimente l’épargne et la montée des prix d’actifs, plus qu’elle ne soutient la demande globale. Les niveaux d’endettement en % du PIB, depuis la crise, n’ont pas diminué. Ils ont poursuivi leur progression, non seulement du côté des Etats, mais aussi s’agissant des ménages et des entreprises. L’inflation est loin d’avoir retrouvé la cible des 2% visée par les banques centrales, ce qui accentue la charge de l’endettement hérité du passé. Enfin, la décélération des gains de productivité et les effets du vieillissement pèsent sur la croissance potentielle. Selon une étude récente de Bercy, le trend de croissance potentielle de l’économie française ne serait plus que de 1,25%, contre 5,5% dans les années 1960 et 2,5% jusqu’aux années 2000.

Une leçon s’impose. Il ne faut surtout pas tomber dans un optimisme béat devant le rebond actuel de la croissance mondiale, dans la zone euro, en France… Cette croissance risque d’être contrecarrée par de nombreux vents contraires et la construction d’un nouveau régime de croissance, soutenable et inclusif, sans tomber dans le piège du surendettement, reste à l’ordre du jour, surtout à la veille d’une remontée des taux d’intérêt. Bien sûr, à cause d’une insuffisance de la demande agrégée. Mais surtout du côté de l’offre, parce que la révolution digitale, si elle a profondément influencé les modes de vie et les modèles de consommation, semble avoir atteint une zone de rendements positifs mais décroissants sous l’angle de la productivité du travail ou de la productivité globale des facteurs de production.

On connaît les réponses à apporter pour dynamiser la croissance à long terme : un niveau plus élevé des investissements privés et publics dans les infrastructures, la RD et les systèmes de formation initiale ou tout au long de la vie, et dans l’économie verte ; un redémarrage maîtrisé des niveaux de salaires ; la réduction des rentes et des facteurs d’inertie sur les marchés des biens et services, et sur les marchés de facteurs, tant du côté du travail que du capital…

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