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2022 sera-t-elle une bonne année ?

Pourquoi les météorologues ? Pour que les économistes ne se sentent pas trop seuls dans leurs erreurs de prévision… L’heure est plus que jamais au pragmatisme, à l’adaptation face à des événements exogènes comme la crise sanitaire et… à la modestie. Ne demandez pas aux économistes d’être plus perspicaces que les épidémiologistes, eux-mêmes incertains, sur le variant omicron et les dégâts humains et économiques à en attendre.

Début décembre, l’inflation était le principal sujet de préoccupation. Aujourd’hui, le risque d’une reprise décalée voire contrariée par omicron domine. Quels sont les éléments les moins fragiles pour se projeter sur la nouvelle année ?

La croissance

La France va afficher pour 2021 une croissance du PIB proche de 7%. C’est impressionnant et bon à prendre, mais ce n’est pas une surprise totale. Il est logique de bénéficier d’un effet de rattrapage d’autant plus marqué que la récession a été plus profonde. Pour 2022, le rattrapage devrait se poursuivre. Mais il sera nécessairement perturbé, du moins au début de l’année, par omicron. Donc, un profil trimestriel du PIB différent de celui envisagé il y a quelques semaines. Si la pandémie reste globalement sous contrôle grâce à l’accélération de la vaccination, l’hypothèse d’une croissance française en moyenne autour de 4% demeure envisageable pour 2022. Le plus important, pour l’activité et pour l’emploi, est ce qui nous attend pour 2023-2024, une fois le rattrapage dissipé et dans un contexte où l’hétérogénéité va rester de mise entre les secteurs durablement plombés et ceux qui s’en sortent mieux.

Le « quoi qu’il en coûte »

Omicron va le prolonger dans le temps, avec plus de délais pour rembourser les PGE (prêts garantis par l’État) et autres soutiens aux entreprises. La réduction du déficit public (y compris les soldes sociaux) va être plus lente que prévu. Pas de raison d’aller ici plus vite que la musique…

L’inflation

Le sujet vedette de l’automne est un peu mis en sourdine derrière la nouvelle vague pandémique. Les incertitudes énergétiques et les ruptures dans les chaînes d’approvisionnement demeurent. Reste valable la différence entre l’Europe, où les tensions inflationnistes sont bien là mais devraient s’atténuer au cours de 2022, et les Etats-Unis où les tensions sont déjà transformées en réel processus inflationniste avec enclenchement de la boucle prix-salaires. En France, les augmentations de salaires sont soit actées soit prévisibles, mais nous sommes très loin d’une boucle prix-salaires style années 1970.

Les banques centrales et les taux d’intérêt

Le variant omicron justifie a postériori la prudence de la BCE. La banque centrale va réduire progressivement son programme d’achats d’obligations à compter de mars, sans toucher à ses taux directeurs en 2022. Un choc sur les taux longs ? Cela fait des années qu’il est anticipé sans être intervenu…Le « tapering » progressif de la Fed, de la BCE… pourrait l’enclencher. Mais les ajustements sur les taux longs devraient rester modiques en 2022 et concerner plutôt les années ultérieures.

Les bourses

Jusqu’à présent, elles ignorent pour l’essentiel omicron, battant record sur record. En 2022, elles vont continuer à profiter de l’abondance de liquidités, de politiques monétaires encore globalement souples, de la profitabilité de nombre de sociétés cotées… En 2022, les marchés obligataires seront plus fragiles que les marchés d’actions.

L’Europe, la France

Avec sa présidence de l’UE, la France a l’occasion de relancer le projet européen. Un petit conseil : s’appuyer évidemment sur l’Allemagne et sur l’Italie enfin revenue à son rang, mais ne pas négliger des pays « petits » mais stratégiques comme les Pays-Bas, la Finlande ou l’Autriche. L’interférence de la présidence européenne et de l’élection présidentielle française permettra, il faut l’espérer, des réponses à des questions centrales : les Français veulent-ils plus et/ou mieux d’Europe ? Sont-ils enfin disposés à accueillir les réformes structurelles nécessaires (dont celle des retraites et celle de l’État) et une revalorisation de la valeur-travail ?

 


 

Christian de Boissieu est vice-président du Cercle des économistes et professeur à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

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