En cette rentrée, Patrick Artus relève quatre risques de crise peuvent affecter la France : dette publique, emploi, solvabilité des entreprises et sous-investissement. L’analyse de ces quatre types de crise permet aussi d’analyser la situation conjoncturelle et structurelle de l’économie française.
Une crise de la dette publique
Le premier risque de crise est un risque de crise de la dette publique. La France ne parvient pas à maîtriser son déficit public (5,1 % du PIB en 2025, plus de 5 % du PIB en 2026). Les recettes fiscales augmentent moins vite que la dépense publique. En conséquence, le taux d’endettement public progresse continûment (112,6 % du PIB fin 2024, 115,6 % du PIB fin 2025, probablement 118,3 % du PIB à la fin du deuxième trimestre 2026). Cette hausse du taux d’endettement public est amplifiée par la hausse du taux d’intérêt à long terme qu’elle provoque. Le taux d’intérêt à 10 ans passe de 3,20 % au début de 2025 à 3,42 % au début de 2026 et à 4,11 % aujourd’hui.
Elle est aussi amplifiée par la hausse rapide de certaines dépenses publiques : pensions, dépenses de santé, dépenses militaires. Le taux d’intérêt à long terme est supérieur au taux de croissance en valeur de la France. Il apparaît donc un effet « boule de neige » de la dette qui renforce son accumulation. De plus, l’incertitude politique, concernant en particulier le résultat de l’élection présidentielle, va aller en croissant. Il existe vraiment un risque de crise majeure de la dette publique avec une hausse auto-entretenue des taux d’intérêt.
Le risque d’une crise de l’emploi
Le second risque de crise est une crise de l’emploi. Depuis son point bas de 2023 (7,1 %), le taux de chômage remonte rapidement et cette hausse s’accélère. Le taux de chômage passe de 7,5 % au 2e trimestre 2025 à 8,3 % au 2e trimestre 2026. Le taux de chômage des jeunes atteint 21,1 % en juin 2026. Avec une croissance faible (0,5 à 0,7 % en 2026 selon les prévisionnistes) et un redressement de la productivité du travail (+1,1 % sur un an), le taux d’emploi recule. Il atteint 69 % au 2e trimestre 2026 contre 69,5 % au deuxième trimestre 2025. Cela constitue une rupture avec l’évolution observée depuis 2017 où le taux d’emploi était en effet, de 65,2 %.
En juin 2026, seuls 15 % des Français se déclaraient préoccupés par l’évolution du chômage, contre 38 % par l’inflation, 25 % par la pauvreté et les inégalités, 24 % par l’immigration et par les impôts et taxes (sondage Ipsos-Bva). Cette indifférence des Français vis-à-vis de la situation du marché du travail risque de ne pas durer. Une nouvelle cause de tension sociale risque fort d’apparaître.
La solvabilité des entreprises sous pression
Le troisième risque de crise est une crise de la solvabilité des entreprises. Le taux de marge bénéficiaire recule depuis 2023 et surtout, le nombre de faillites s’accroît fortement. Sur un an, 70 800 faillites sont enregistrées en juin 2026 contre 59 000 en moyenne historique.
Les entreprises souffrent de la faiblesse de la croissance en France (au plus 0,7 % en 2026) et dans le Monde (au plus 3 % en 2026). Elles souffrent aussi de la hausse des prix de l’énergie et du transport maritime depuis le début de la guerre au Moyen-Orient. Elles pâtissent de la remontée des taux d’intérêt alors que le taux d’endettement des entreprises françaises est élevé. Il atteint 74,4 % du PIB à la fin du 1er trimestre 2026, contre 45,9 % du PIB en Allemagne, 53,5 % du PIB en Italie et 50,7 % du PIB en Espagne. Il s’élève à 54,4 % du PIB dans l’ensemble de la zone euro.
Le risque est l’apparition d’une dégradation forte de la situation des entreprises. Elle pourrait prendre la forme d’une hausse des taux d’intérêt avec un taux d’endettement élevé, d’une hausse des prix de l’énergie et d’une concurrence internationale forte.
Le sous-investissement des entreprises
Enfin, le quatrième risque de crise est celui d’une crise liée au sous-investissement des entreprises. Le taux d’investissement des entreprises françaises a reculé depuis 2023. Il est passé de 12,1 % du PIB à 11,7 % du PIB, alors qu’il est de 14 % aux États-Unis. Cet écart s’explique surtout par l’investissement en propriété intellectuelle (brevets, Recherche-Développement), qui est beaucoup plus élevé aux États-Unis. Le sous-investissement des entreprises françaises limite leur modernisation et réduit les gains de productivité.
Des risques de crise qui se renforcent
Au total, on voit bien les handicaps de l’économie française quand on examine les développements récents. Les faibles marges et le taux de défaillances élevé des entreprises conduisent au sous-investissement et à la faiblesse de la croissance. En conséquence, le taux d’emploi recule et le chômage augmente. S’ajoutent aussi des difficultés budgétaires insolubles.
Face à cela, le rôle des économistes ne doit pas se limiter à un constat alarmiste, mais consister à éclairer le débat public, anticiper les chocs et proposer des trajectoires de réformes crédibles pour éviter que ces risques ne se concrétisent.
