Malgré la hausse des matières premières, les tensions commerciales et la remontée des taux d’intérêt, l’économie mondiale résiste. Patrick Artus étudie les facteurs qui soutiennent cette dynamique et les risques qui pourraient l’inverser.
L’économie mondiale a subi en 2026 plusieurs chocs défavorables : hausse des matières premières, blocus du détroit d’Ormuz et hausse des droits de douane. On aurait pu s’attendre à un freinage important de la croissance mondiale, mais celui-ci n’a pas eu lieu. La croissance du PIB mondial et celle du commerce mondial de biens et services sont restées très proches, en 2026, de leurs niveaux de 2025. On prévoit aujourd’hui une croissance en 2027 à peu près identique à celle de 2025. Il faut donc trouver des explications à cette résistance malgré les nombreux chocs qui auraient dû affaiblir l’activité.
Des chocs économiques majeurs
Les chocs défavorables ont en effet été très importants. Le prix du pétrole a augmenté de plus de 40 % en moyenne annuelle entre 2025 et 2026. Les prix des autres matières premières ont progressé de 17 %. En particulier, le prix du gaz naturel a pratiquement triplé en Europe et en Asie depuis le début de 2026. Le trafic dans le détroit d’Ormuz est pratiquement interrompu.
Les taux d’intérêt réels à long terme ont également considérablement augmenté. Ils étaient négatifs en 2022, autour de -1 % aux États-Unis et de -2 % dans la zone euro. Aujourd’hui, ils atteignent 2,7 % aux États-Unis et 2,2 % dans la zone euro. Cette hausse aurait normalement dû freiner l’investissement des entreprises et l’investissement dans le logement.
Enfin, les États-Unis ont instauré des droits de douane sur l’ensemble de leurs importations. Leur taux moyen atteint aujourd’hui 11,8 %, contre un peu plus de 4 % au début de 2026. Les importations américaines en provenance de Chine ont fortement reculé, de 30 % entre 2024 et 2025. Un embargo sur les échanges technologiques entre les États-Unis et la Chine s’y ajoute.
Une croissance mondiale qui résiste
Pourtant, selon les dernières prévisions du Fonds monétaire international, la croissance du PIB mondial a à peine faibli : 3,5 % en 2025, 3,1 % en 2026 et 3,4 % en 2027. Il en est de même pour la croissance du commerce mondial de biens et services en volume. Elle s’est établie à 5 % en 2025 et à 4,6 % en 2026. Elle devrait atteindre 4,7 % en 2027. Par région, la croissance est restée identique à celle de 2025 en 2026 aux États-Unis (2,3 %), en Afrique (4,5 %) et au Royaume-Uni (1,2 %). Elle a légèrement faibli en Europe (1,1 % en 2026 contre 1,2 % en 2025), en Chine (4,5 % contre 5 %), en Inde (7 % contre 7,8 %) et en Russie (0,9 % contre 1 %). Seuls le Japon et les pays du Moyen-Orient connaissent un affaiblissement important de leur croissance économique.
Le développement de l’intelligence artificielle
Il faut donc expliquer cette résistance de la croissance mondiale et du commerce mondial. La première explication est le développement de l’intelligence artificielle. Celui-ci explique notamment la forte croissance des exportations des pays producteurs de semi-conducteurs et de matériel informatique. De janvier à septembre 2026, les exportations de la Corée du Sud ont progressé de 83 %, celles du Japon de 9 %, celles de Taïwan de 33 % et celles de la Chine de 26 %.
L’intelligence artificielle soutient également l’investissement aux États-Unis, en particulier celui des hyperscalers (Oracle, Microsoft, Meta, Amazon et Alphabet). Leurs investissements atteignent aujourd’hui 2,4 % du PIB américain et devraient atteindre 3,2 % en 2027.
D’après Gartner, les investissements mondiaux liés à l’IA atteignent 2 700 milliards de dollars en 2026 (2,1 % du PIB mondial) croissent rapidement.
Des politiques budgétaires expansionnistes
La seconde explication tient au fait que beaucoup de pays mènent des politiques budgétaires expansionnistes. C’est le cas des États-Unis, avec un déficit public de 6,5 % du PIB en 2026, et de l’Allemagne, dont le déficit public passe de 2,7 % du PIB en 2025 à 4 % en 2026. La Chine affiche un déficit public de 4 % du PIB et l’Inde de 4,4 %. C’est également le cas de la France, du Japon, avec le plan de relance de Sanae Takaichi, et du Royaume-Uni, dont le déficit public atteint 5,5 % du PIB.
L’expansion budgétaire résulte du vieillissement démographique et de la hausse induite des dépenses de santé et de retraite. Elle s’explique aussi par l’augmentation des dépenses militaires et des dépenses d’infrastructure.
Quels facteurs pourraient freiner la croissance mondiale ?
Deux facteurs pourraient freiner la croissance mondiale. D’une part, les dépenses liées à l’intelligence artificielle pourraient reculer. Ce recul pourrait résulter d’une révision à la baisse des profits futurs des entreprises qui développent des modèles d’IA, entraînant une diminution des commandes de semi-conducteurs. D’autre part, une crise des dettes publiques pourrait imposer aux gouvernements des politiques budgétaires restrictives.
