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Cessons de caricaturer la politique de Macron

La politique du président de la République s’appuie sur le triptyque émancipation, équité, solidarité. La critique faite d’une politique destinée aux riches est une erreur d’analyse.

Chacun s’interroge sur la stratégie économique d’Emmanuel Macron, ce qu’on pourrait appeler le « macronisme économique ». Les commentateurs sont souvent soit injustes, soit trop rapides.

Les uns parlent d’absence de vision, les autres la limitent à une simple politique fiscale. Quelle erreur, parce que, quelle que soit l’opinion qu’on en a, l’approche du président est en réalité très déterminée. Elle repose sur l’idée que le rebond de l’économie française se fera sur la capacité d’investissement des entreprises, la reprise de l’activité et l’industrie du futur.

La critique faite  d’une politique destinée aux riches est une erreur d’analyse. Les riches ne sont considérés que comme le moyen de favoriser cette reprise d’activité, sans pour autant qu’il s’agisse d’une théorie simpliste du ruissellement. Alors peut-on condamner cette approche ?

Trois principes

Celle-ci n’est pas sans rappeler les valeurs sur lesquelles le président s’appuie. Elle tient en trois mots : émancipation, équité, solidarité. Ces mots correspondent bien à ce qui a été fait les dix-huit premiers mois et  au projet de budget 2019.

L’émancipation est peut-être la valeur la plus importante du triptyque. Elle correspond à l’idée que l’individu peut acquérir les moyens de construire la vie professionnelle qu’il souhaite. Cette belle idée, si difficile à mettre en oeuvre, s’est traduite par  les ordonnances Pénicaud sur le marché du travail, mais peut-être surtout par  la réforme de la formation professionnelle et  de l’apprentissage, avec une idée simple : on veut privilégier l’action à la subvention.

A l’égalité se substitue en kit le concept d’équité, remis à la mode par John Rawls, qui promet l’égalité de traitement. La meilleure illustration en est la volonté de réformer les retraites par un système à points où 1 euro cotisé ouvre les mêmes droits pour tous.

Enfin, la solidarité tend à écarter toute approche égalitariste jugée inefficace et finalement source d’inégalités. On peut illustrer ce troisième mot de la devise macronienne par la mise en place de transferts intergénérationnels, par exemple  la décision d’augmenter la CSG des retraités, mais l’enjeu est plus large puisque, au fond, il s’agit de fonder notre protection sociale sur le modèle universel de Beveridge, financé par l’impôt, plutôt que sur celui de Bismarck, fondé sur le travail salarié.

Deux faiblesses

Le tableau ainsi constitué n’est pas complet si l’on ne souligne pas que ce modèle très structuré souffre d’une faiblesse et de deux absences. La faiblesse est aisée à repérer et difficile à surmonter. Le monde macronien est un monde du XXIe siècle, entièrement tourné vers l’idée de « start-up nation », ce qui lui fait oublier l’idée d’une industrie traditionnelle qui doit être modernisée et qui constitue 11 % du travail salarié.

Les deux absences peuvent être corrigées aisément. Elles concernent le logement et les emplois non pourvus. Bien entendu, des politiques sont lancées avec la loi Elan et la décision de consacrer 15 milliards d’euros à la formation professionnelle. Mais tout cela ne donnera des résultats qu’à long terme, alors que nous avons besoin rapidement d’un supplément de croissance et d’une amélioration sur le marché de l’emploi.

Il nous faut donc, dans un cas comme dans l’autre, des plans de court terme, par exemple des dispositifs raccourcis de formation professionnelle pour des emplois pour lesquels il est difficile de trouver du personnel qualifié et auquel il faut d’ailleurs garantir logement et accueil satisfaisants si l’emploi proposé suppose une mobilité.

On ne peut donc reprocher un manque de cohérence à l’action publique aujourd’hui. Place au débat légitime sur sa pertinence et son efficacité.

Jean Hervé Lorenzi, président du Cercle des économistes, et Léa Konini, chargée de recherche

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