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9 caractéristiques qui rendent la période actuelle particulière

Sommet du G7 à Évian

À l’occasion du sommet du G7 d’Évian et à l’approche des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence, le Cercle des économistes publie une analyse sur ce qui distingue la période actuelle des précédentes. Sous la direction de Patrick Artus, les auteurs identifient neuf caractéristiques qui distinguent notre époque. Certaines ont déjà été observées dans l’histoire économique, parfois dans un passé lointain. D’autres apparaissent comme inédites.

Une nouvelle révolution économique en cours

L’intelligence artificielle est sans doute la transformation la plus visible. Selon l’OCDE, près de 28 % des emplois sont fortement exposés à son développement. Contrairement aux précédentes révolutions technologiques, elle pourrait affecter davantage les emplois qualifiés et modifier profondément l’organisation du travail.

Pour l’heure, les effets restent difficiles à mesurer. Les investissements liés à l’IA explosent, notamment aux États-Unis, où les dépenses dans les logiciels et la propriété intellectuelle ont fortement progressé depuis une quinzaine d’années. La question reste ouverte : ces investissements déboucheront-ils sur un véritable gain de productivité ? Alimentent-ils une nouvelle bulle technologique ?

Cette course à l’innovation s’accompagne d’une autre bataille, plus discrète mais tout aussi stratégique. Les besoins en lithium, cobalt, cuivre ou terres rares augmentent rapidement avec le développement du numérique, des batteries et des véhicules électriques. La volonté des grandes puissances de sécuriser ces approvisionnements pourrait faire émerger une nouvelle forme de colonialisme, estime Patrick Artus.

Des déséquilibres qui rappellent le passé

La période actuelle se caractérise également par le retour d’anciennes fractures. Les inégalités de revenus et surtout de patrimoine atteignent aujourd’hui des niveaux comparables à ceux observés au début du XXe siècle. Aux États-Unis, les 10 % les plus riches détiennent près de 70 % de la richesse nationale. Or les périodes de fortes inégalités ont souvent précédé des crises économiques, sociales ou politiques majeures.

Dans le même temps, le protectionnisme regagne du terrain. Droits de douane, sanctions économiques et politiques industrielles se multiplient. Les États-Unis n’avaient plus affiché un tel niveau de protection commerciale depuis les grandes vagues protectionnistes du siècle dernier. Cette logique s’accompagne d’une vision plus conflictuelle des échanges internationaux. Le gain d’un pays est souvent perçu comme la perte d’un autre.

La remontée des dépenses militaires s’inscrit dans cette même dynamique. Depuis la guerre en Ukraine, de nombreux États ont renforcé leurs budgets de défense, signe d’un environnement international devenu plus instable.

Un monde dominé par deux géants

L’une des évolutions les plus marquantes est l’émergence d’un monde bipolaire dominé par les États-Unis et la Chine.

Pendant plusieurs décennies, Washington a occupé une position sans véritable rival. Ce n’est plus le cas. Pékin a considérablement réduit son retard technologique grâce à une politique industrielle ambitieuse et à des investissements massifs dans la recherche. La Chine consacre désormais près de 723 milliards de dollars à la recherche et développement. Pour les États-Unis, le montant s’élève à 784 milliards.

Cette montée en puissance est visible dans de nombreux secteurs stratégiques, des batteries aux semi-conducteurs en passant par l’intelligence artificielle. Elle explique en partie le durcissement des relations entre les deux puissances, marqué par les restrictions technologiques, les tensions commerciales et la concurrence pour le contrôle des ressources stratégiques.

Dette, vieillissement et risque financier

Deux autres phénomènes distinguent particulièrement la période actuelle.

Le premier est le niveau exceptionnel de la dette publique. Les États-Unis affichent aujourd’hui une dette équivalente à 121 % de leur PIB, un niveau comparable à celui observé après la Seconde Guerre mondiale. La France dépasse également les 100 % du PIB. Une situation inédite en temps de paix, qui limite les marges de manœuvre budgétaires des États.

Le second est le vieillissement démographique. La baisse de la fécondité touche désormais la quasi-totalité des régions du monde. La Chine, le Japon ou encore l’Italie voient déjà leur population reculer. Cette évolution fragilise les systèmes de retraite et de santé, réduit le nombre d’actifs et pousse certains pays à accélérer leur robotisation ou à recourir davantage à l’immigration.

À ces fragilités s’ajoute enfin la valorisation très élevée des marchés financiers américains. Les géants de la technologie occupent une place croissante dans les indices boursiers, portés par les espoirs liés à l’intelligence artificielle. Les « Sept Magnifiques » représentent désormais environ un tiers de la capitalisation du S&P 500. Cette concentration rappelle, sur certains aspects, la période précédant l’éclatement de la bulle Internet.

Au final, beaucoup des phénomènes observés aujourd’hui possèdent des précédents historiques : les révolutions technologiques, la recherche de ressources rares, les fortes inégalités, le protectionnisme ou encore les emballements boursiers. Trois caractéristiques apparaissent en revanche inédites : la coexistence de deux superpuissances dominantes, un endettement public très élevé hors période de guerre mondiale et le vieillissement démographique généralisé. C’est leur combinaison qui confère ainsi à la période actuelle son caractère exceptionnel.

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