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La finance au cœur du développement africain

Afin de garantir une croissance inclusive et durable pour le continent africain, plusieurs changements sont nécessaires. Christian de Boissieu et Jean-Hervé Lorenzi développent quatre axes pour accéder à cette croissance à travers la finance.

Les pays africains souffrent de taux d’intérêt excessivement élevés qui entravent leur développement. Avec, à la clef, une vulnérabilité excessive face aux incertitudes, et un coût du capital souvent rédhibitoire. Renforcer la stabilité financière implique d’améliorer la résilience des économies du continent, leur capacité à résister aux chocs. D’autre part, il est nécessaire de réduire les coûts de financement des investissements, en envoyant aux investisseurs des signaux qui correspondent mieux au contexte de l’Afrique.

Le Mécanisme Africain de Stabilité Financière

La mise en place d’un Mécanisme Africain de Stabilité Financière (MASF) serait le recours le plus efficace et le plus réaliste. Ce MASF devra remplir trois objectifs précis : favoriser l’obtention de taux d’intérêts concessionnels lorsque les pays font face à une pénurie de liquidités, soutenir les pays face à des crises bancaires ou financières systémiques, et soulager les tensions dans les pays victimes d’attaques spéculatives. Pour une approche pragmatique du MASF, il devra être développé dans une démarche bottom-up, laissant de la marge aux diversités régionales qui font la richesse de l’Afrique, pour aller vers un dispositif continental plus convergent par la suite. Pour installer sa crédibilité, le mécanisme devra être généreusement doté dès son lancement, de l’ordre de 200 milliards d’euros. La mobilisation de Droits de Tirage Spéciaux (DTS) par une redistribution depuis les pays avancés est nécessaire, en impliquant des organismes comme la Banque Africaine de Développement. Cette voie ne sera pas suffisante, et devra être complétée par d’autres dispositifs visant à accroître les financements disponibles et à réduire le coût moyen de la dette.

Une agence de notation panafricaine

La création d’une grande agence de notation panafricaine s’inscrit dans la même ligne. Elle est nécessaire pour présenter une image plus juste du couple rendement/risque des projets d’investissement. Aujourd’hui, les notes affectées aux émetteurs africains, publics ou privés, sont souvent trop pessimistes. Il faut promouvoir une notation à partir de critères adaptés : des critères financiers, mais aussi les critères ESG et tout ce qui concerne la transition écologique, la diversité culturelle des pays, la force des écosystèmes locaux et le rôle du secteur informel, l’inclusion de la jeunesse et des femmes…Cette agence panafricaine doit être privée, mais être confortée par des initiatives de place, y compris celles venant des banques de développement. Elle doit permettre de consolider les agences de notation africaines déjà créées.

Un dispositif de rehaussement du crédit

Il convient aussi de créer un dispositif de rehaussement du crédit pour le secteur privé africain. Ce dispositif doit donc être doté de fonds importants, de l’ordre de 50 milliards d’euros, procurer une garantie en première perte et permettre un ciblage sur les projets prioritaires, qu’il s’agisse d’infrastructures, d’industrialisation, d’écologie, de numérique…

Le co-listing

Enfin, il faut faire émerger un réseau de places financières en Afrique. Le co-listing des grandes entreprises africaines sur les marchés développés et sur les marchés africains améliorera la profondeur, la liquidité et l’attractivité des places financières africaines. Sans oublier le rôle central des investisseurs institutionnels et les coopérations à approfondir en matière de réglementation bancaire et financière.

 

Sur ces différents axes, des premières pierres ont déjà été posées. Il s’agit d’accélérer et de mieux se coordonner. Dans une démarche à la fois pragmatique et volontaire : les pays africains qui « le veulent et le peuvent » sont les premiers concernés.

 


 

Christian de Boissieu est vice-président du Cercle des économistes

Jean-Hervé Lorenzi est fondateur du Cercle des économistes

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