À l’approche des Rencontres Économiques d’Aix-en-Provence 2026, Jean-Hervé Lorenzi interroge la capacité des sociétés à renouer avec l’idée de progrès malgré les tensions géopolitiques, le choc démographique et le ralentissement économique. Entre réindustrialisation, innovation européenne et investissement dans la jeunesse, il plaide pour un nouvel horizon collectif.
Cela paraît insensé de se poser cette question au moment même où la croissance ralentit partout, où les instincts guerriers ressurgissent et où chacun s’interroge sur la déshumanisation du monde. Etpourtant, c’est ce formidable enjeu que nous soulèverons lors des Rencontres Économiques d’Aix-en-Provence 2026.
Il ne s’agit pas d’un optimisme irréaliste, éloigné des difficultés du moment. Il s’agit simplement de rappeler que le pire n’est jamais certain et que les nouvelles générations construiront un monde qui n’a pas vocation à développer violences, haine, conflits et insécurité.
Au cours de ces deux journées et demie, nous tenterons d’analyser méthodiquement les conditions d’un avenir souhaitable. Trois idées fortes structureront nos réflexions.
Un nouvel ordre mondial face au recul du multilatéralisme
D’abord, pendant des années, nous avons cru que le multilatéralisme bâti après la Seconde Guerre mondiale pouvait survivre à la nouvelle répartition des puissances. On ne peut dédouaner Donald Trump d’aucune de ses foucades. Mais il s’inscrit dans la continuité d’une politique américaine centrée sur la réindustrialisation et la compétition avec la Chine. On ne peut oublier que le grand plan d’investissement IRA (Inflation Reduction Act) a été lancé par Joe Biden. L’objectif était déjà de rapatrier des activités industrielles aux États-Unis. De la même manière, il est impossible de nier la domination américaine dans les technologies et dans la gestion des finances mondiales.
Le monde de demain se construira autour de coopérations nouvelles entre ceux qui ne souhaitent pas vivre dans un ordre dirigé par un condominium de grandes puissances. C’est pourquoi le discours sur une Europe marginalisée est excessivement fataliste. Aujourd’hui, l’Europe demeure la première puissance consommatrice du monde. Mais ce statut perd de sa force lorsqu’une large partie des biens et des services est importée. À nous de retrouver cet élan de créativité. Chacun sait que, lors des grandes révolutions industrielles, les cartes sont rebattues.
La France retrouve le goût de l’innovation industrielle
Si l’on se concentre un instant sur la France, peut-être assistons-nous à un phénomène particulièrement intéressant : la renaissance d’un goût ancien pour l’invention scientifique et technique. Pour ceux qui n’y voient qu’une déclaration de principe, il suffit d’aller à Grenoble, Toulouse ou Nantes. On y voit s’épanouir des écosystèmes de start-up innovantes. Afin de mieux comprendre cette rupture dans le fonctionnement du monde, plus de cinquante think tanks venus de nombreux pays seront réunis à Aix.
Le second axe de réflexion concerne évidemment l’impact, encore naïvement sous-estimé, du choc démographique. Celui-ci implique une augmentation massive du financement des retraites. Il crée aussi une difficulté croissante à mobiliser l’épargne des retraités et, malgré les apparences, un ralentissement du flux d’innovations.
Investir dans la jeunesse pour relancer le progrès
L’avenir souhaitable suppose donc de promouvoir la formation et le développement de la jeunesse. La France se distingue de ses voisins par le faible taux d’activité des moins de 30 ans et des plus de 60 ans. La réponse passe nécessairement par un investissement massif dans la formation initiale. Elle passe aussi par le développement de l’apprentissage, dont les progrès récents sont considérables. Enfin, elle suppose des transferts financiers entre les retraités les plus aisés et une jeunesse souvent délaissée.
Enfin, faut-il renoncer à l’idée même de progrès ? Les économistes en donnent une définition simple : le progrès est ce qui permet de mieux nourrir, éduquer, loger et soigner. Rien ne permet aujourd’hui d’affirmer que ces objectifs seraient hors de portée. L’humanité a démontré à plusieurs reprises sa capacité de rebond. Faut-il rappeler la désespérance qui était la nôtre il y a six ans et l’incroyable génie scientifique qui a permis de lutter contre la pandémie ?
Comme pour les deux autres sujets, les ruptures intellectuelles nécessaires pour sortir des trajectoires du passé ne sont pas aisées. La condition première est d’apaiser les esprits et de les éloigner des tentations destructrices. C’est précisément ce que nous tenterons de faire du 2 au 4 juillet lors des Rencontres Économiques d’Aix-en-Provence.
